BFMTV

Pas de savon aux toilettes, l'école pas toujours "au niveau" face au coronavirus

Image d'illustration d'enfants dans un collège

Image d'illustration d'enfants dans un collège - Jeff Pachoud - AFP

Plusieurs enquêtes ont déjà pointé les problèmes d'hygiène ou de sécurité dans les toilettes des écoles. En 2017, le Cnesco soulignait que dans 72% des collèges, les chefs d'établissement avaient été interpellés sur les dégradations dans ces locaux.

Pénurie de savon, robinets cassés, manque de propreté... Le ministre de l'Éducation nationale a reconnu ce mardi que les sanitaires n'étaient pas "au niveau" en milieu scolaire, compliquant le respect des consignes d'hygiène face au coronavirus Covid-19.

"ll faut qu'on prenne ce sujet à bras le corps", a lancé Jean-Michel Blanquer sur LCI. Il a assuré travailler avec les rectorats et l'Association des maires de France (AMF) afin qu'il y ait "une vigilance particulière, notamment sur le savon":

"On sait que se laver les mains avec du savon est la première des barrières contre l'épidémie", a-t-il rappelé. Mais dans de nombreux endroits, "les sanitaires ne sont pas au niveau", a admis le ministre.

Marseille particulièrement touchée par les pénuries

Vétustes, endommagés, sales... Plusieurs enquêtes ont déjà pointé les problèmes d'hygiène ou de sécurité dans les toilettes des écoles. En 2017, le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) soulignait notamment que dans 72% des collèges les chefs d'établissement avaient été interpellés sur les dégradations dans ces locaux, et 62% sur l'approvisionnement en produits hygiéniques (papier, savon...).

Certaines villes, comme Marseille, sont plus particulièrement touchées par les pénuries, a souligné le ministre de l'Éducation nationale. "La ville fait des dotations en début d'année pour équiper les écoles mais c'est souvent insuffisant", raconte Séverine Gil, présidente du Mouvement des parents d'élèves des Bouches-du-Rhône.

Au final, "ce sont les parents qui fournissent le savon ou le papier-toilette" dans les établissements du primaire. Et pas de changements à noter, selon elle, depuis le début de l'épidémie de coronavirus.

"Les consignes se heurtent à une réalité"

René Chiche, professeur de philo dans un lycée près de Marseille, s'émeut, lui, des "discours hors sol" qu'il entend à longueur de journée:

"Toutes les consignes données se heurtent à une réalité qui ne permet pas de les respecter", s'agace-t-il.

Prenant l'exemple de son établissement, il décrit des toilettes "pas du tout fréquentables". "Les sanitaires n'ont pas été rénovés depuis 50 ans", contrairement au reste du lycée. "Il n'y a ni savon, ni papier, donc aucun moyen de se laver et de s'essuyer les mains".

Élèves et professeurs - "qui ne bénéficient pas de toilettes en meilleur état" - sont ainsi naturellement "dissuadés" de se plier aux règles d'hygiène, regrette-t-il.

Les toilettes parmi les principales préoccupations

Ce constat est partagé par Sophie Vénétitay, du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire:

"Les gestes élémentaires d'hygiène sont davantage rappelés ces derniers jours dans les établissements mais on a du mal à se dire que cela peut concrètement s'appliquer."

"C'est en période de crise qu'on découvre ces problèmes mais cela fait des années qu'on les dénonce", s'agace de son côté Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, première fédération de parents d'élèves. Il insiste: "Les toilettes sont un des principaux sujets de préoccupation des parents dans les conseils d'école".

Jean-Michel Blanquer espère que la crise du coronavirus permettra de faire progresser "ce sujet très important pour l'hygiène de nos enfants". "Avec les collectivités locales, on va faire des propositions volontaristes", a-t-il promis. 
JP avec AFP