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Paracétamol, ibuprofène, aspirine: vers la fin du libre-service en pharmacie?

L'Agence du médicament souhaite que ces molécules, disponibles avec ou sans ordonnance, soient placées uniquement derrière le comptoir du pharmacien. Il s'agit de mettre fin au libre accès à compter de janvier 2020 pour limiter les mauvais usages.

Paracétamol, ibuprofène, aspirine... Ce sont les médicaments les plus utilisés en automédication, sans les conseils ou l'ordonnance d'un médecin, pour lutter contre les douleurs ou la fièvre, aussi bien chez l'adulte que l'enfant. Actuellement, leurs boîtes peuvent être disponibles en libre accès, dans les rayons de certaines pharmacies, sans que les patients n'aient à les réclamer à un pharmacien. Cette situation pourrait changer dans moins de trois mois.

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) réclame qu'ils ne soient placés uniquement derrière le comptoir, et délivrés sur demande à compter de janvier prochain "pour sécuriser l'utilisation de ces médicaments".

Des lésions graves du foie

Si ces molécules sont sûres et efficaces lorsqu’elles sont correctement utilisées, elles peuvent présenter des risques en cas d'abus. L'agence sanitaire détaille: "le paracétamol peut entraîner des lésions graves du foie dans certains cas de surdosage, pouvant conduire à des greffes du foie (première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse en France)".

Quant aux anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme l'ibuprofène ou l'aspirine, ils sont notamment susceptibles d’être à l’origine de complications rénales, de complications infectieuses graves et sont toxiques pour le fœtus en cas d’exposition à partir du début du 6ème mois de grossesse (au-delà de 24 semaines d’aménorrhée).

Renforcer le "rôle de conseil" du pharmacien

Selon l'ANSM, "cela renforce le rôle de conseil" du pharmacien, en particulier auprès des patients qui souhaitent obtenir ces molécules sans détenir d'ordonnance. "C'est une bonne chose, il faut que le pharmacien conseille", réagit Eric Myon, secrétaire général de l'Union Nationale des pharmacies de France (UNPF). "Le médicament n'est pas un produit comme les autres et seuls des pharmaciens en face-à-face avec leurs patients peuvent alerter sur les risques de mésusage", poursuit celui qui est pharmacien à Paris.

Il y a trois mois, l'Agence du médicament avait annoncé l’arrivée prochaine d’un message sur les boîtes des médicaments contenant du paracétamol, afin d’alerter sur le risque pour le foie en cas de surdosage.

les règles de bon usage à respecter

En cas de douleur et/ou fièvre, notamment dans un contexte d’infection courante comme une angine ou une toux, l’ANSM rappelle aux patients et aux professionnels de santé de privilégier l’utilisation du paracétamol en respectant les règles de bon usage:

- Prendre la dose la plus faible, le moins longtemps possible - Respecter la dose maximale par prise, la dose maximale quotidienne, l’intervalle minimum entre les prises et la durée maximale de traitement recommandée (3 jours en cas de fièvre, 5 jours en cas de douleur, en l’absence d’ordonnance) - Vérifier la présence de paracétamol dans les autres médicaments (utilisés pour douleurs, fièvre, allergies, symptômes du rhume ou état grippal) - Alerter les populations particulières (- 50kg, insuffisance hépatique légère à modérée, insuffisance rénale sévère, alcoolisme chronique…).

En cas d’utilisation d’un AINS:

- Utiliser les AINS à la dose minimale efficace, pendant la durée la plus courte - Arrêter le traitement dès la disparition des symptômes - Eviter les AINS en cas de varicelle - Ne pas prolonger le traitement au-delà de 3 jours en cas de fièvre - Ne pas prolonger le traitement au-delà de 5 jours en cas de douleur - Ne pas prendre deux médicaments AINS en même temps. L’ANSM rappelle que tous les AINS sont contre-indiqués à partir du début du 6ème mois de grossesse.

Margaux de Frouville