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Les NBOMe, nouvelle drogue hallucinogène qui inquiète les autorités

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- - iStock -Louis-Paul St-Onge

Une Anglaise est décédée en France après avoir pris ce qu'elle pensait être de la cocaïne. Il s'agit en réalité d'une nouvelle drogue appelée NBOMe, aux effets hallucinogènes. Plusieurs victimes ont été signalées alors que ses risques ne sont pas encore totalement connus.

C'est une molécule encore peu connue en France, qui vient de causer son premier décès par overdose sur le territoire. Selon le JDD, une Anglaise d'une trentaine d'années est décédée en avril dernier à Paris après avoir consommé un produit à base de NBOMe. Cette substance, qu'elle pensait être de la cocaïne, l'a plongée dans le coma pendant onze jours. La jeune femme est finalement décédée à l'hôpital de Lariboisière.

Les NBOMe appartiennent à la classe des "Nouveaux Produits de synthèse" (NPS) qui désignent un éventail très hétérogène de substances qui imitent les effets de différents produits illicites connus (ecstasy, amphétamines, cocaïne, cannabis, etc.). Selon l'Observatoire Français des Drogues et de la Toxicomanie (OFDT), "leurs structures moléculaires s’en rapprochent, sans être tout à fait identiques." 

Cette spécificité leur permet, au moins à court terme, de contourner la législation sur les stupéfiants. "Certains sont classés, d’autres n’ont pas de statut juridique clair. Généralement achetés sur Internet, les NPS sont connus soit par leurs noms chimiques, soit à travers des noms commerciaux.", explique-t-il. Le terme "NBOMe" est une abréviation de N-méthoxybenzyle et certains NBOMe font l’objet d’un classement nominatif spécifique (25B-NBOMe, 25C-NBOMe et 25I-NBOMe) en raison de leur structure moléculaire.

Des substances placées sous contrôle par l'UE

Trois de ces substances psychotropes ont été classées comme stupéfiants par arrêté ministériel du 6 novembre 2015. Le texte indique que les composés NBOMe représentent un danger grave pour la santé publique en raison "de leur toxicité, de la marge qui semble étroite entre les effets recherchés et les effets toxiques, de leur diffusion rapide au niveau mondial et compte tenu de l'absence d'usage médical ou industriel identifié".

Le classement de ces substances parmi les stupéfiants fait suite à leur intégration dans les conventions internationales des Nations Unies et à des décisions de contrôle et de sanctions pénales établies par le Conseil de l’Union européenne en 2014. Les experts de l'ANSM* indiquent sur le sujet que le premier dérivé NBOMe a été détecté en 2011 en Finlande, en Irlande du Nord et au Royaume Uni. "Depuis leur apparition, leur diffusion a été très rapide.", soulignent-ils.

Ces substances sont présentées comme du LSD ou comme alternative légale au LSD ou à la mescaline, et sont consommées pour leurs propriétés hallucinogènes. "A ce jour, aucune étude chez l’animal ou chez l’Homme n’a été publiée, évaluant leur toxicité aiguë et chronique et leur potentiel d’abus et de dépendance. Cependant, les données issues des cas publiés dans la littérature suggèrent que leur toxicité est plus élevée que celle de la mescaline ou du LSD", ajoute l'ANSM.

Des risques neurologiques et cardiologiques

En France, le réseau d’addictovigilance a rapporté un cas de décès indirect (accident voie publique), 6 cas d’usage avec complications et 1 cas présentant des signes de pharmacodépendance. Ce dernier fait savoir que "dans les médias de langue anglaise, on dénombre 45 décès rapportés entre 2012 et mi- 2015". Les consommateurs peuvent les utiliser en les "sniffant" ou en les ingérant sous forme de poudre, de comprimés ou de gélules. Ils peuvent aussi être pris sous forme liquide ou sur du papier buvard.

Le mode d'action des composés NBOMe est déjà bien connu: ils sont actifs à de faibles doses (en dessous du milligramme) et les effets apparaissent dans l’heure, d'une durée de six à dix heures. "Sur les forums, les usagers rapportent des hallucinations extrêmes, vibrantes, colorées, associées à une distorsion sonore importante. Certains mentionnent des effets secondaires moins marqués avec le 25C-NBOMe qu’avec le LSD", indiquent le réseau d’addictovigilance.

Si des études sont nécessaires pour établir avec précision la toxicité de ces produits, les données toxicologiques actuelles font déjà état d’intoxications sévères, parfois d’évolution fatale. Mais ce n'est pas tout. "La symptomatologie regroupe des troubles psychiatriques (hallucinations), neurologiques (agitation, irritabilité, confusion, voire convulsion) et cardiologiques (tachycardie, hypertension artérielle).", ajoute-t-il.

Certes, les Etats européens ont mis en place des mesures pour éviter une diffusion sur le continent mais le nombre de cas d’exposition à de telles substances est probablement sous-estimé. De fait, le réseau d’addictovigilance précise que "lors d’une suspicion de prise de substances psychoactives chez des patients admis à l’hôpital, les NBOMe ne sont pas recherchés de façon systémique par les laboratoires toxicologiques." Ce dernier a été mandaté par l'ANSM pour conduire une enquête visant à évaluer précisément leur potentiel d’abus et de pharmacodépendance.

* L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé

Alexandra Bresson