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Les médecins alertent sur une deuxième vague "plus critique, plus précoce, plus forte" que la première

Un consensus se dégage parmi les médecins et scientifiques français à pied d'œuvre face au Covid-19 en cette fin octobre: la deuxième vague sera nettement plus difficile que la première en France.

"On est le nez face au mur de la réalité. C’est plus critique, plus précoce, plus fort, et plus impactant pour la vie de l’hôpital." C'est peu dire que pour le chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Tenon à Paris, le professeur Gilles Pialoux, la situation est grave, plus grave encore qu'au printemps dernier. Au micro de BFMTV-RMC ce mardi matin, il n'a pas hésité à prononcer les mots: "La circulation du virus est hors de contrôle."

"La difficulté actuelle est précisément dans le fait qu’on a une diffusion nationale de l’épidémie, c’est le paradoxe, alors qu’on était plutôt, en France, dans des épidémies concentrées à la première vague. Là ça va de Roubaix à Rodez. Le virus est partout, et on a probablement perdu le fil dès le mois d’août", a-t-il développé.

Le "coup de massue"

Gilles Pialoux a poursuivi: "C’est un coup de massue parce que même dans les prévisions les plus préoccupantes on n’était pas à cette accélération et à cette brutalité. Je crois qu’il va falloir faire avec des semaines qui seront plus que difficiles".

Dimanche soir, l'agence Santé Publique France avait annoncé 52.000 nouveaux cas rapportés au cours des 24 heures précédentes. Lundi soir, l'organisme a comptabilisé 13.066 hospitalisations supplémentaires sur les sept derniers jours, dont 1094 en réanimation. Depuis le début de la crise, 35.018 personnes ont perdu la vie en France des suites du Covid-19.

"On risque d'avoir un bilan plus élevé"

Ces statistiques poussent les spécialistes à se mettre à l'unisson. Et la vision impitoyable de Gilles Pialoux est très partagée au sein de la communauté scientifique hexagonale. Ainsi, l'épidémiologiste Dominique Costagliola voit elle aussi se lever une seconde vague plus redoutable que celle du printemps, comme elle l'a déclaré sur BFMTV ce mardi:

"D'abord, on va monter à des taux qui ressemblent à ceux de mars et surtout on peut estimer que ça va durer plus longtemps. Et en étant à un niveau important plus longtemps, on risque d'avoir un bilan plus élevé."

Les praticiens "surpris par la brutalité" du phénomène

Evoquant lui aussi le bilan à venir, Renaud Piarroux, chef du service à la Pitié-Salpêtrière à Paris, a détaillé lundi soir sur notre antenne: "On aura plus de personnes hospitalisées que lors de la première vague. (...) On va dépasser le nombre d’hospitalisations du printemps, qui était à 32.000 au pic, on est déjà à 17.000 et on va aller plus haut".

Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, a quant à lui abordé les effectifs des nouveaux cas, scandés quotidiennement par Santé Publique France, lundi sur RTL. Il a assuré qu'en réalité leur nombre devait être "autour de 100.000 par jour" plutôt que 50.000.

"On est dans une situation difficile, voire critique. (...) On avait prévu qu'il y aurait cette deuxième vague, mais nous sommes nous-mêmes surpris par la brutalité de ce qui est en train de se passer depuis 10 jours", a-t-il également affirmé, soulignant encore: "La deuxième vague va probablement être plus forte que la première. Le retentissement sur le système de santé va être là, dans l’immédiat, dans les trois semaines qui viennent, au niveau des services de réanimation."

Plaidoyer pour un reconfinement massif

Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière, s'est appesanti lundi, sur France Info, sur ces services de réanimation: "Bientôt on n’aura plus que des Covid dans nos lits de réanimation, on ne pourra plus prendre en charge correctement les autres malades si le système est saturé par le Covid". Le praticien a plaidé pour la prise, rapide, de décisions plus fortes: "Il faut savoir que plus on attend tard pour prendre les bonnes décisions, moins elles sont efficaces rapidement".

Pour Gilles Pialoux aussi, la gravité du panorama sanitaire en France doit conduire à un reconfinement massif, quoi qu'il en coûte: "Je pense qu’il faut reconfiner clairement le pays. Je suis désolé mais je pense qu’il faut laisser de côté l’économie. L’économie c’est rattrapable, la réanimation loupée c’est irrattrapable."

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV