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Les jeunes toujours mal informés sur le sida

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À l’occasion de la journée de lutte contre le sida ce vendredi comme chaque 1er décembre, deux sondages s'intéressent aux connaissances des jeunes Français sur la maladie. Les résultats montrent qu'il reste des progrès à faire en termes d’information, d'autant que l’absence de connaissances favorise le retour d'idées fausses sur les modes de transmission et concourt à la banalisation du VIH.

Cent cinquante mille, c’est le nombre estimé de personnes qui vivent avec le VIH/sida en France, selon les chiffres de Sida Info Service. Cependant, 25.000 personnes ignoraient toujours leur séropositivité en 2016 (on parle d'épidémie cachée) tandis que 6000 l'ont découverte, un chiffre presque similaire à l'année précédente (5925). Malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, notamment à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, trop de personnes ont encore des représentations faussées de la maladie.

Deux récents sondages distincts menés à l'occasion de cette édition 2017 montrent un manque d'informations préoccupant chez les jeunes. Le laboratoire Terpan a ainsi interrogé 539 jeunes de 15 à 29 ans, et leurs réponses montrent bien des lacunes flagrantes quant aux modes de transmissions et de traitement de l’épidémie. Les sondés sont par exemple 19% à penser qu'il est possible de guérir du VIH/sida.

Or, à l'heure actuelle, cette infection ne peut être éradiquée, mais peut être contrôlée efficacement par trithérapie. Ces traitements permettent de bloquer la multiplication du VIH dans l'organisme et ainsi de garder un système immunitaire opérationnel. "Sans traitement, la maladie évolue vers le syndrome de l'immunodéficience acquise, stade ultime de l’infection", précise l'Institut Pasteur. La transmission peut se faire par le sperme, le sang, les sécrétions vaginales et le lait maternel, cette dernière mention étant ignorée par 33% des sondés.

Les différents modes de dépistage

Certaines idées reçues persistent: 11% d'entre eux pensent que les moustiques peuvent transmettre le virus. Si l'un des axes de la politique de santé publique est d’informer sur la nécessité de se protéger avec un préservatif, le sondage montre également que 13% des jeunes interrogés déclarent ne "pas toujours" avoir ce réflexe lors de rapports avec de nouveaux partenaires. Si le préservatif est présenté comme la meilleure parade contre le VIH et d'autres IST, le dépistage est aussi un enjeu majeur.

Ces dernières années, l’offre s’est développée et il existe ainsi quatre façons de réaliser un test de dépistage VIH et/ou IST. Le test dans un laboratoire d’analyses médicales est remboursé sur ordonnance d’un médecin, mais il est également possible de se rendre dans un centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic du VIH, des hépatites et des IST (CeGIDD) pour un dépistage anonyme, gratuit et sans rendez-vous. Ces centres proposent également le dépistage des autres IST.

Les acteurs associatifs proposent aussi gratuitement le TROD (Test rapide d'orientation diagnostique) qui, à partir d'une goutte de sang prélevée au bout d’un doigt, permet un résultat en 30 minutes maximum et un accompagnement par des chargés de prévention formés. Enfin, l’autotest en vente dans les pharmacies permet de faire le test soi-même et d’obtenir un résultat rapide. "Il existe depuis 2015 mais est très peu connu des jeunes français (18%)", précise le laboratoire Terpan.

L'environnement social, un facteur à prendre en compte

"La seule façon de connaître son statut sérologique, c’est le dépistage. Aujourd’hui, l’offre est variée mais reste méconnue", rappelle François Bourdillon, directeur général de Santé publique France. Les chiffres révélés par le sondage du Sidaction mettent en avant un lien entre manque d’informations, précarité des jeunes et donc vulnérabilité face au VIH. "Trente ans après le début de l’épidémie, il apparaît toujours comme un marqueur des inégalités sociales", affirme l'association.

Les résultats montrent en effet que 10% des jeunes interrogés déclarent s’être fréquemment exposés au risque d’être contaminé par le VIH, un chiffre qui s’élève à 16% chez les personnes sans activité professionnelle. Par ailleurs, la moyenne des jeunes s’estimant mal informés atteint 24% chez les CSP, contre 20% chez les CSP+. "On ne peut accepter que le manque d’informations atteigne un tel niveau chez les jeunes en général", déclare Florence Thune, directrice générale de Sidaction.

Celle-ci ajoute: "Nous devons trouver tous les moyens possibles pour que l’environnement social n’ait pas un impact sur le niveau de connaissances et sur les prises de risque face au VIH et à l’ensemble des IST". Autre exemple d'un niveau d'information différent selon les études réalisées: 21% des 15-24 ans estiment être mal informés sur le VIH mais en détail, ce sont 20% des jeunes avec un diplôme supérieur et 28% des jeunes sans diplôme ou au niveau CEP/BEPC.

Et si 46% des jeunes déclarent avoir déjà fait un test de dépistage, ce chiffre n’atteint que 28% chez les jeunes sans diplôme ou au niveau CEP/BEPC. "Il est urgent et nécessaire de reprendre les fondamentaux en termes d’information et de prévention. Il faut faire circuler des messages dans et en dehors de la sphère scolaire pour atteindre tous les jeunes dans toute leur diversité, quelle que soit leur milieu social ou leur orientation sexuelle", conclut Florence Thune.

Alexandra Bresson