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Les fongicides SDHI, omniprésents dans les cultures, sont toxiques pour les cellules humaines

(photo d'illustration)

(photo d'illustration) - Philippe Huguen - AFP

Une équipe de recherche du CNRS vient de prouver que ces fongicides, très utilisés dans nos cultures et sur les terrains de sport depuis plus de trente ans, sont toxiques pour les cellules humaines. L’étude souligne un effet nocif des SDHI encore plus marqué chez les cellules de malades.

Ce sont des produits conçus dans les années 1980 pour bloquer la respiration des champignons, et autres moisissures. Les SDHI (Inhibiteurs de la Succinate Deshydrogénase) "sont répandus sur 70% des surfaces de blé tendre, d’orge. On les utilise aussi pour les cultures de raisins, de fraises, de pommes de terre. Autrement dit, les SDHI sont omniprésents.

Sans compter l’usage sur des terrains de sport, pour lutter contre les petits vers qui s’attaquent au gazon", nous explique Pierre Rustin, directeur de recherche au CNRS.

Bloquer la respiration de cellules humaines

Début 2018, son équipe a testé en laboratoire l’effet de huit molécules fongicides SDHI utilisées en France. Il en ressort de ces substances ne se contentent pas de bloquer la respiration des champignons. "Elles sont aussi capables de bloquer celle du ver de terre, de l’abeille et de cellules humaines, dans des proportions variables", ajoute Pierre Rustin.

Concrètement, les traitements fongicides incriminés vont bloquer l’action de la Succinate Deshydrogénase, une enzyme clé qui permet à nos cellules de respirer.

Des cellules malades "vont mourir encore plus vite"

Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont étudié les cellules de peau en culture, provenant d’avant-bras. "Nous avons pu montrer que les fongicides SDHI empoisonnent les cellules normales. Mais nous avons également examiné des cellules qui provenaient de malades, dont la respiration des cellules fonctionnait déjà mal. Par exemple, chez des patients souffrant d’Alzheimer ou d’une maladie neurologique, appelée 'ataxie de Friedreich'. Il en ressort que ces cellules vont mourir encore plus vite", détaille le scientifique, dont les travaux sont publiés ce jeudi dans la revue PLOS ONE.

"Danger pour les agriculteurs et pour les personnes aux alentours"

Autre enseignement: les chercheurs ont montré que les conditions des tests réglementaires actuels de toxicité, qui leur permettent d’être sur le marché, masquent un effet très important de ces fongicides SDHI sur des cellules humaines.

"Il y a danger pour les agriculteurs qui utilisent ces produits sans connaître leur niveau de toxicité, mais aussi pour les personnes exposées aux alentours", estime Pierre Rustin. "Il est urgent d’interdire ce produit dont les ventes ont explosé", conclut-il.
Margaux de Frouville