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Les bactéries intestinales, un signe d’alerte face à une alimentation déséquilibrée?

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- - iStock - Todor Tsvetkov

Des chercheurs viennent de montrer, chez la souris, que la composition du microbiote intestinal peut prédire la façon dont l’organisme va répondre à une alimentation déséquilibrée, rendant l’animal plus à risque de devenir obèse, ou de développer des affections comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires.

Le microbiote intestinal représente l'ensemble des micro-organismes (bactéries, virus, parasites, champignons non pathogènes, dits commensaux) qui vivent dans l'intestin grêle et le côlon. Ce dernier se constitue dès la naissance, mais sa composition va évoluer selon plusieurs facteurs: diversification alimentaire, génétique, niveau d'hygiène, traitements médicaux et environnement. Ainsi, le microbiote intestinal est propre à chaque individu.

Depuis plusieurs années, des chercheurs s'intéressent à son interaction avec le reste de l'organisme et à l'impact de ses dysfonctionnements. On sait désormais qu'il joue un rôle dans les fonctions digestives, métaboliques, immunitaires et neurologiques. De précédentes recherches ont en effet montré que des centaines d'espèces de bactéries présentes dans l'intestin agissent avec les cellules pour assumer un certain nombre de rôles, et que ce microbiote pouvait être façonné par les facteurs évoqués.

Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Cell Reports, les chercheurs de l'Inserm et de l'Imperial College ont utilisé des souris pour souligner le rôle que jouent ces bactéries intestinales sur la manière dont l’organisme répond aux changements d’alimentation et son impact sur la santé. Ces derniers voulaient savoir pourquoi différentes personnes consommant le même régime riche en graisses obtiennent des résultats différents.

Les bactéries produisent une signature chimique unique

Les scientifiques ont recherché tous les composés chimiques produits par les bactéries intestinales des souris grâce à un examen nommé spectroscopie à résonance magnétique, afin d'établir leur signature chimique. Les animaux ont ensuite suivi le même régime riche en graisses et l'équipe a observé qu'ils ont monté différentes adaptations. Certains prenaient plus de poids que d'autres, ou devenaient moins tolérants au glucose, un signe d’alerte précoce du diabète.

Mais ils ont aussi découvert que les principales signatures chimiques relevées auparavant dans leurs urines permettaient de prévoir certains résultats, notamment des changements de comportement, le gain de poids et la tolérance au glucose. Un composé en particulier, le triméthylamine-N-oxyde, s'est avéré en mesure de prévoir la tolérance au glucose. Ces signatures chimiques permettent donc de prévoir de manière précise comment les animaux répondraient à un régime riche en graisses s'ils le recevaient.

D’après ces chercheurs ces conclusions apportent des informations essentielles sur la manière dont le microbiote intestinal contribue à façonner la santé et pourraient conduire à proposer aux patients des régimes personnalisés sur la base de leur flore intestinale. Ils espèrent qu'à l’avenir un profil de patient puisse être défini à partir d'échantillons urinaires et sanguins, et utilisé pour prévoir à quel régime alimentaire il répondra le mieux.

Une piste pour façonner des régimes personnalisés

"Nous savons que notre environnement et notre patrimoine génétique peuvent influencer le risque d'obésité et de maladies, mais les effets de ces communautés de bactéries vivant à l’intérieur de notre organisme sont moins bien connus", explique Marc Emmanuel Dumas de l'Imperial College.

"En utilisant un groupe de souris présentant le même patrimoine génétique, nous avons été en mesure de mettre en évidence la variabilité chez les animaux soumis à un régime riche en graisses."

"Cette étude montre que la valeur d’un régime alimentaire est déterminée non seulement par vos gènes, mais également par les gènes du microbiote intestinal.", ajoute Dominique Gauguier, directeur de recherche Inserm. Ces résultats sont approfondis dans le cadre d’une étude clinique déjà démarrée chez 2 000 patients, dont les détails relatifs à leur style de vie, leur régime alimentaire, leur traitement médicamenteux et d’autres facteurs, ainsi que leur microbiote ont été caractérisés.

En regroupant l’ensemble de ces données, et en s’appuyant sur les résultats précédents, il sera possible de déterminer comment les personnes réagissent à différents régimes alimentaires, et l'influence de leur microbiome. "Ces résultats ouvrent des perspectives prometteuses sur la conception de régimes alimentaires personnalisés et sur l’exploitation de nos bactéries intestinales pour favoriser une meilleure santé", conclut Dominique Gauguier.

Alexandra Bresson