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Le coronavirus en France dès décembre: des médecins appellent à tester les anciens cas suspects

Les échantillons prélevés sur les patients ont été faits à partir de tests PCR.

Les échantillons prélevés sur les patients ont été faits à partir de tests PCR. - AFP

Des médecins appellent à tester au coronavirus les échantillons des patients français hospitalisés avant le début de l'épidémie pour des infections pulmonaires, lorsqu'aucun diagnostic ferme n'avait pu être posé. Cette approche a permis de repérer un premier cas de Covid-19 sur le territoire dès le mois de décembre.

Faut-il tester les échantillons réalisés, et conservés, sur des patients hospitalisés pour des infections pulmonaires avant le début de l'épidémie de coronavirus et pour lesquels aucun diagnostic ferme n'avait pu être posé? La question se pose après la découverte il y a quelques jours du premier cas connu en France dont la contamination remonte au mois de décembre dernier, un mois avant l'annonce des premiers cas jusqu'alors officiellement avérés sur le territoire. 

"Pour combattre un ennemi, il faut bien le connaître, rappelle sur BFMTV le professeur Yves Cohen, chef du service réanimation des hôpitaux Avicenne à Bobigny et Jean-Verdier à Bondy, à l'origine de la découverte de ce premier patient. Je pense qu'il serait important qu'on refasse des examens de façon rétrospective dans différents départements pour connaître la vie de ce virus."

2.000 tests réalisés à Garches

Concrètement, les équipes du professeur Yves Cohen, sur l'idée du professeur d'hygiène de l'hôpital de Bondy, ont réexaminé le dossier de 14 patients qui avaient été hospitalisés pour des infections pulmonaires sans qu'un diagnostic ferme n'ait pu être établi à l'époque.

Lors de leur hospitalisation, avant l'épidémie, les malades avaient été testés négatifs à la grippe ou à un coronavirus déjà connu. Les échantillons prélevés sur ces patients - des sécrétions nasales grâce aux fameux tests PCR - avaient été congelés et ont pu être retestés, cette fois-ci en les comparant avec le Covid-19. Un échantillon a "matché", celui d'Amirouche Hammar, un homme de 43 ans.

"Il faut bien comprendre qu'il est habituel notamment dans les périodes froides, hivernales, d'avoir des infections respiratoires sévères hospitalisées y compris en réanimation, note sur BFMTV le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond Poincaré à Garches. Les tests PCR sont faits systématiquement. On cherche toute une série d'agents pathogènes et il est habituel pour les laboratoires de conserver les échantillons pendant plusieurs mois, notamment si des choses nouvelles arrivent."

L'établissement va réaliser de nouveaux tests sur les 2.000 échantillons conservés dans les laboratoires, et tenter de déterminer si des malades atteints du cornavirus sont passés par ses services. Il s'agit des échantillons de patients hospitalisés pour une infection des voies respiratoires entre novembre 2019 et mars 2020. "C'est une approche pragmatique et large", note le professeur Djillali Annane, qui reconnait que tous les hôpitaux ne conservent pas ces tests.

"Il est important que chacun d'entre nous aille tester si on a des échantillons au laboratoire", estime toutefois le médecin, qui espère obtenir les résultats de ces nouveaux tests dans "deux ou trois jours".

Connaître la circulation du virus

Pour les médecins, ces tests, réalisés à partir d'une technique d'amplification du virus dans les échantillons, sont essentiels à deux points de vue. "On trouve ce qu'on cherche, reconnait le professeur Djillali Annane. Médicalement, il est important d'aller reconstituer a posteriori le diagnostic."

"D'un point de vue épidémiologique, c'est intéressant, abonde de son côté le professeur Olivier Bouchaud, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Avicenne à Bobigny. Plus on fera de recherches, plus on découvrira des cas nouveaux, plus on pourra essayer de reconstituer les voies de circulation initiale du virus."

Les médecins pointent l'importance de dater les premiers cas de coronavirus, d'identifier le ou les patients zéro et de comprendre la dynamique de la contagion. Moins pour le passé, ces découvertes aideraient pour l'avenir.

"Cette épidémie évolue a bas bruit, circule sans qu'on s'en rende compte et ce n'est que dans un deuxième temps que les choses commencent a apparaître puis s'amplifient", rappelle le professeur Olivier Bouchaud. "Cela est important s'il y a une recrudescence saisonnière, il faudra être très vigilant sur les tous premiers cas sentinelles d'une éventuelle recrudescence car ils annonceront une épidémie de plus grande ampleur."

La question de l'immunité de la population

Ces tests pourraient également donner d'autres enseignements pour la recherche. "Il faudrait comparer (l'échantillon du premier patient français de Bobigny) avec ceux du 24 janvier, estime Olivier Bouchaud. Il faudrait regarder si c'est la même souche (...) ou s'il s'agit d'une souche différente, ce qui voudrait dire qu'il y a des origines différentes."

Plus largement, si d'autres cas datées de fin 2019 venaient à être révélés, cela pourrait avoir un impact sur l'ensemble de la population.

"On estime que finalement une faible proportion de la population est immunisée mais peut-être que ce chiffre est faux, note le professeur Djillali Annane. Nos modélisations reposent peut-être sur des données erronées, il est important de clarifier assez rapidement."
Justine Chevalier