BFMTV

La télé pendant les repas freine le développement du langage chez les enfants, selon une étude

Des chercheurs ont étudié l'évolution de 1562 enfants suivis à l’âge de 2, 3 et 5 ans et demi.

Moins de télévision au moment des repas pour un meilleur développement du langage? Il s'agit de la conclusion à laquelle sont arrivés des chercheurs de l'Inserm au Centre de recherche en épidémiologie et statistiques-Université de Paris (CRESS): durant de longues années, ils ont suivi ce développement chez des enfants âgés de 3 à 6 ans.

Dans le détail, les scientifiques ont évalué l'évolution de 1562 enfants issus de la cohorte française EDEN (née du recrutement de 2002 femmes enceintes entre 2003 et 2006, NDLR), suivis à l’âge de 2, 3 et 5 ans et demi.

Moments d'interactions

De 3 à 6 ans, les enfants passent en moyenne deux heures quotidiennes devant les écrans. "On sait qu’une quantité importante d’écran peut être associée à de moins bonnes performances en langage", explique sur BFMTV Jonathan Bernard, l'un des chercheurs en charge de l'enquête.

Les résultats de leur étude sont frappants. "Le langage de l’enfant ne semblait pas directement lié au temps qu’il passe devant les écrans", explique-t-on. C'est, selon les chercheurs, un plus grand temps passé devant la télévision spécifiquement durant les repas qui est associée à de moins bons résultats en matière de langage.

"Il y a des interactions qui sont remplacées par ce temps d’écran, notamment lors des repas", poursuit Jonathan Bernard. Des moments caractérisés par les chercheurs comme des moments d'échange pour les enfants avec "leurs parents, leurs frères et sœurs, ainsi qu’avec les autres enfants".

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs se sont appuyés sur des questionnaires remplis par les parents, concernant l'usage de la télévision dans la famille, lorsque l'enfant est âgé de 2 ans. Puis, des psychologues complètent ce document à 3 et 5 ans. D'autres variables ont été prises en compte, dont les caractéristiques socioéconomiques de la famille.

Stimulations visuelles et auditives

Dans le détail, les résultats sont encore plus spectaculaires. Chez les enfants âgés de 2 ans, le niveau de langage est ainsi plus faible chez ceux "toujours" exposés à la télévision durant les repas que ceux qui ne le sont "jamais".

De même, à 3 et 5 ans, "les évaluations de langage et le quotient intellectuel verbal étaient plus élevés chez les enfants 'jamais' exposés à la télévision pendant les repas de famille, par rapport à ceux qui l’étaient 'parfois' ou plus fréquemment", apprend-on également.

Pour les scientifiques, ce phénomène peut s'expliquer par "un effet" du récepteur sur l'enfant, "en le distrayant", mais aussi "sur les parents en détournant les conversations avec leurs enfants". "Les stimulations auditives et visuelles peuvent augmenter les distractions des enfants et des parents dans leur environnement familial et accroître les difficultés pour un enfant d'extraire d’un fond sonore les distinctions phonologiques et caractéristiques syntaxiques propres à la langue et nécessaires à la qualité de son apprentissage", résument les chercheurs.

Toutefois, ce retard ne semble pas irrémédiable. "Le QI et niveau de langage évoluent avec le temps et cela peut ne pas persister", rassure Jonathan Bernard. Les scientifiques travaillent désormais "sur le suivi des enfants pour voir si cela peut avoir des conséquences sur d‘autres aspects de (leur) santé".

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV