BFMTV

La "décroissance de l’épidémie" évoquée par Olivier Véran s’observe-t-elle à l'hôpital?

Service de réanimation à l'hôpital de Bry-sur-Marne le 15 avril 2021

Service de réanimation à l'hôpital de Bry-sur-Marne le 15 avril 2021 - Anne-Christine POUJOULAT © 2019 AFP

Le ministre de la Santé Olivier Véran a évoqué une timide "décroissance de l’épidémie" de Covid-19 sur le territoire. Mais la plupart des soignants parlent d'une situation encore très critique dans les hôpitaux.

"Depuis cinq jours, nous amorçons une décroissance de l’épidémie", s’est réjoui prudemment le ministre de la Santé Olivier Véran mardi dans les colonnes du Télégramme. Cette déclaration laisse envisager une timide sortie du tunnel, bien qu’elle s’accompagne de beaucoup de prudence: "Cette diminution reste fragile: nous sommes toujours à un niveau très élevé de l’épidémie et la descente n’est pas encore suffisamment rapide et tranchée. Il nous faut continuer nos efforts."

De son côté, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a indiqué ce mercredi lors de sa conférence de presse hebdomadaire que "nous pourrions être au pic de l'épidémie ou proches de l'être", tout en précisant que la tension hospitalière reste "extrêmement forte".

Qu’en est-il réellement dans les hôpitaux? Force est de constater que du côté des soignants, l’optimisme est bien plus mesuré, voire absent chez ceux exerçant en Ile-de-France.

"La situation se stabilise"

Les chiffres quotidiens liés au Covid-19 montrent bien une légère décroissance dans le nombre de cas de contamination rapportés sur sept jours, s’élevant à 17.031 lundi, contre 27.323 le 21 mars, ou 54.440 le 7 novembre dernier. Ces chiffres, témoignent selon Xavier Monnet, adjoint au chef du service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Bicêtre (AP-HP) à Paris, d’un "début de sortie de crise":

"On devine clairement un début de sortie de crise, affirme-t-il à BFMTV. Le plateau est très élevé, c’est-à-dire qu’il y a un nombre de patients très importants hospitalisés en soin critique. On a dû pousser les murs, ouvrir des lits de réanimation y compris dans les blocs opératoires, mais on voit que la situation se stabilise."

Selon lui, les arrivées à l’hôpital ces derniers jours "laissent supposer qu’on a atteint le palier critique grâce au confinement mis en place il y a quelques semaines." Pour autant, 31.086 personnes sont à l’hôpital à cause du coronavirus, dont 5984 patients en service de réanimation.

"Pas d’embellie proche"

Pour l’épidémiologiste Dominique Costagliola, directrice de recherches à l’Inserm, la France se trouve davantage "sur un plateau haut, pas vraiment une baisse notable, que ce soit à l’hôpital, en réanimation, ou pour les nouveaux cas." Au micro de France Inter lundi, elle a estimé "qu’on n’était pas dans une situation qui permet d’espérer une embellie proche."

Ce constat est largement partagé par les soignants d’Ile-de-France, région dont le taux d’incidence est toujours au niveau le plus élevé de France.

"Malheureusement, on est sur un faux plateau, avec toujours autant de monde, toujours autant de patients Covid à hospitaliser, avec toujours des réanimations pleines, toujours à la recherche de lits à ouvrir pour les accueillir”, soupire auprès de BFMTV Frédéric Adnet, chef du service d’urgences-SAMU-SMUR de l’hôpital Avicenne de Bobigny.

En Seine-Saint-Denis, et plus généralement dans les hôpitaux franciliens, "il n’y a pas de décroissance nette", prévient-il.

"On espère tous une décroissance pour avoir un hôpital qui fonctionne normalement, mais pour l’instant on ne le voit pas encore arriver", poursuit Frédéric Adnet. "C’est inquiétant et un peu désespérant."

Son collègue Stéphane Gaudry est du même avis dans les colonnes du Parisien: "En Ile-de-France, on est sur une stabilisation dramatique et très précaire et on n’a encore aucun signe de décrue", déplore le professeur de médecine intensive-réanimation à l’hôpital Avicenne (Bobigny).

Des modélisations optimistes

Mais alors comment comprendre le timide optimisme du ministre de la Santé? Peut-être dans les prévisions des jours à venir.

En effet, les modélisations de l’Institut Pasteur publiées le 19 avril, pour une période allant jusqu’au 2 mai, envisagent effectivement une période d’optimisme à l’échelle nationale, avec "une baisse des admissions à l’hôpital et des besoins en lits dans les jours qui viennent."

Les modélisations de l'Institut Pasteur des hospitalisations publiées le 19 avril 2021.
Les modélisations de l'Institut Pasteur des hospitalisations publiées le 19 avril 2021. © Institut Pasteur

A l’heure où le gouvernement laisse fuiter des pistes de déconfinement, les soignants appellent à ne surtout pas relâcher la pression: "envisager une réouverture dans un contexte où l’hôpital sera encore dans le dur, ça me paraît inconcevable. C’est bien trop tôt. La situation concrète dans les hôpitaux, c’est tout de même ça, la vraie boussole", rappelle dans Libération l’épidémiologiste et spécialiste de la gestion des épidémies Renaud Piarroux.

Esther Paolini Journaliste BFMTV