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Fin du masque à l'extérieur: les médecins partagés entre soulagement et inquiétude

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé la fin du port du masque à l'extérieur dès jeudi et l'abandon du couvre-feu à partir de dimanche, "la situation sanitaire s'améliorant plus vite qu'espéré". S'il soulage la plupart des Français, cet allégement important des restrictions préoccupe certains médecins.

Au vu de la baisse des contaminations et de la progression de la vaccination, les autorités sanitaires ont ouvert la voie à un retour à la vie normale. Dès jeudi, le port du masque à l'extérieur ne sera plus obligatoire en France malgré quelques exceptions, et le couvre-feu à 23h sera levé dès dimanche, a annoncé Jean Castex mercredi.

Des annonces jugées "réjouissantes" par plusieurs médecins, à l'image du Dr Bruno Megarbane, chef du service de réanimation à l'hôpital Lariboisière à Paris.

"Tant mieux! On ne peut que s'en réjouir [...] Ça montre bien que l'épidémie est actuellement sous contrôle et en bonne régression, avec une amélioration au niveau des contaminations au niveau des patients infectés, au niveau de la situation des hôpitaux", s'est-il réjoui sur BFMTV.

"Un peu surpris"

"Les chiffres montrent en effet qu'il y a actuellement un contrôle de l'épidémie", a aussi constaté Yves Coppieters, médecin épidémiologiste et professeur de santé publique sur notre antenne. C'est vrai que ce sont deux mesures très importantes, et cet allègement est proportionnel à la situation actuelle".

"Ça va dans le bon sens, ça va dans le sens de l'évolution de l'épidémie", a quant à lui jugé Jacques Franzoni. Le médecin coordinateur au sein du centre de vaccination Jean Mineur à Valenciennes a estimé que "ce message d'espoir était nécessaire à tout le monde, on a tous besoin d'avoir des données positives".

D'autres professionnels de santé n'ont pas caché leur étonnement face à cet allègement rapide des restrictions. S'il reconnaît volontiers que les indicateurs sont "bien meilleurs" qu'ils ne l'ont été ces derniers mois, le professeur Jean-Louis Teboul, chef de service de médecine intensive et de réanimation à l'hôpital Bicêtre à Paris, se dit "un peu surpris" des annonces gouvernementales. "Je me serais attendu à ce qu'on prenne la période du 15 au 30 juin en tant que période d'observation de l'évolution du variant Delta", évoquant la relative prudence du ministre de la Santé la veille.

Le masque encore nécessaire dehors "dans certains cas"

Le son de cloche est le même chez tous les médecins: les Français doivent continuer à faire preuve de prudence, car le risque de rebond épidémique existe bel et bien.

"Oui, on a toujours ce risque de variant plus contagieux qui pourrait avoir un petit échappement immunitaire par rapport à la vaccination (...) On craint bien sûr le variant Delta qui pénètre de plus en plus en Europe", reconnaît encore le Pr Yves Coppieters, alors qu'Olivier Véran a annoncé la veille que cette souche du virus représentait désormais "entre 2 à 4% des nouveaux cas détectés en France".

Selon Yves Coppieters, il ne faut toutefois pas craindre de sortir sans masque, car le risque de propagation du virus en extérieur est tout de même amoindri. Il rappelle que "la fin du port du masque à l'extérieur, ce n'est pas partout à l'extérieur: ça reste encore nécessaire dans certaines situations". Jean Castex a en effet annoncé ce mercredi que le masque resterait de rigueur dehors, dans des situations de promiscuité commes les files d'attente, les transports, les lieux bondés ou encore les tribunes de stade. L'épidémiologiste Yves Coppieters invite chacun à avoir systématiquement un masque sur soi, dans son sac ou dans sa poche au cas où il "se retrouverait dans une situation plus à risque".

Mais sur ce point précis, son confrère Christian Rabaud, infectiologue au CHRU de Nancy, fait preuve d'optimisme. Selon lui, "après 15 mois d'épidémie, les Français n'ont plus les mêmes réflexes qu'au mois de mars 2020. Je crois que les Français savent désormais utiliser un masque. Ils en ont compris l'intérêt et ils sauront l'utiliser à bon escient".

"Cela me paraît donc raisonnable de continuer à alléger les mesures qui restent dans les semaines qui vont venir, à la veille de l'été", ajoute-t-il.

"Le risque de rebond n'est pas nul"

Le chef du service de réanimation de l'hôpital Paris-Lariboisière indique qu'il est absolument nécessaire que cette vigilance collective "s'accompagne de la poursuite de la vaccination". C'est, selon lui, "un point important", car "le risque de rebond qui n'est pas nul, et pourrait être réel si la vaccination n'était pas suffisante et qu'on n'atteignait pas un niveau d'immunité collective important, de l'ordre de 80 à 85%". Il rappelle: "nous jouons à nouveau ce qui va se passer en septembre-octobre par les vaccinations que nous faisons aujourd'hui".

Mercredi après-midi, Emmanuel Macron a estimé que le gouvernement ne pouvait "que se féliciter d'avoir eu la bonne stratégie", assurant que le but avait toujours été d'avancer "de manière toujours pragmatique et proportionnée au vu des résultats qui sont les nôtres". "Rien n'est gagné et vraiment j'insiste là-dessus et j'invite tous nos concitoyens à continuer à se faire vacciner, d'aller à la vaccination qui est le seul moyen de combattre durablement cette épidémie", a enfin rappelé le chef de l'État.

Bruno Megarbane appelle également à "encourager la vaccination de tous les adultes afin de limiter les risques graves liés à la maladie", mais aussi "celle des jeunes et des adolescents pour pouvoir atteindre cette immunité collective et enfin vivre normalement dès que possible".

Selon lui, l'ouverture de cette nouvelle étape de lutte contre l'épidémie signe aussi el retour de la stratégie "tester-tracer-isoler". Celle-ci va être importante pour "éviter toute diffusion communautaire du virus". Il redoute toutefois les limites de cette stratégie: "pour que ça marche, le plus important est que la population y adhère et accepte de s'isoler si elle est cas contact ou porteuse du virus", souligne le Pr Bruno Megarbane. "Or on sait par expérience, par rapport à l'été passé, que c'est malheureusement difficile, malgré la bonne volonté des autorités", ajoute le médecin.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV