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Faut-il à nouveau limiter les déplacements entre régions comme le recommande le Conseil scientifique?

Des policiers contrôlent les voyageurs à la Gare de Lyon, à Paris, lors du premier confinement en France, le 21 mars 2020

Des policiers contrôlent les voyageurs à la Gare de Lyon, à Paris, lors du premier confinement en France, le 21 mars 2020 - JOEL SAGET © 2019 AFP

Alors que le gouvernement s'est accordé un sursis pour éviter l'instauration d'un nouveau confinement, médecins et scientifiques notent que l'épidémie ne touche pas toutes les régions à la même échelle.

Traiter au cas par cas. Les annonces surprises du gouvernement vendredi soir témoignent du souhait de l'exécutif de se donner "une chance" d'éviter un nouveau confinement. Quitte à prendre de nouvelles mesures visant à renforcer le respect du couvre-feu dès 18h, à adapter les jauges sanitaires dans les commerces mais aussi à fermer les frontières avec les pays extérieurs à l'UE.

Des mesures insuffisantes pour la très grande majorité des médecins et scientifiques qui plaident pour de nouvelles restrictions afin de ne pas recourir au reconfinement. Parmi les hypothèses sur la table: la restriction des déplacements entre régions.

De grandes disparités régionales

Régionaliser la lutte contre l'épidémie tant qu'il est encore temps? "C'est une question qu'il faut se poser", estime Éric Caumes ce lundi matin sur BFMTV-RMC. "La situation est très disparate d'une région à une autre", fait-il valoir.

Le chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière juge en effet difficile d'avoir un avis global sur l'avancée de l'épidémie "parce qu'on a tous une approche biaisée par là où on exerce et la situation n'est pas du tout la même dans l'Ouest de la France que dans l'Est, dans le Sud ou dans le Nord".

À titre de comparaison, 701 patients sont actuellement hospitalisés en Bretagne en raison d'une infection à Covid-19 contre 1793 en Bourgogne-Franche-Comté selon les dernières données de Santé Publique France. Une disparité notable alors que la Bretagne compte plus d'habitants (3,34 millions de personnes) que la Bourgogne-Franche-Comté (2,8 millions de personnes).

"Là où c'est encore encore plus compliqué c'est que la situation peut être différente à l'intérieur d'une même région", poursuit Éric Caumes.

"C'est la quadrature du cercle à résoudre"

Plusieurs indicateurs épidémiologiques peuvent varier d'un département à l'autre, à l'instar des Côtes-d'Armor où le taux d'incidence s'élève à "seulement" 62 cas pour 100.000 habitants tandis qu'il est de 147 en Ille-et-Vilaine selon les derniers chiffres publiés sur le site spécialisé CovidTracker.

"C'est la quadrature du cercle à résoudre", juge l'infectiologue parisien.

Dans son dernier avis datant de mi-janvier, le Conseil scientifique évoquait parmi les scénarios possibles "un confinement dans certaines régions ou métropoles plus à risque avec une restriction des déplacements inter-régionaux". Une mesure sanitaire que préconisait le Conseil et qui pourrait bien s'appliquer à nouveau en raison d'un nouveau facteur à prendre en considération: les variants britannique et sud-africain.

L'émergence de plusieurs clusters où ces variants plus contagieux ont pu être détectés oblige les autorités locales à réclamer plus de mesures sanitaires. L'exécutif pourrait dès lors songer, comme ce fut le cas lors de la fermeture de bars et de restaurants en septembre dernier à Marseille ou lors de l'instauration du couvre-feu dès 18h dans des départements de l'est du pays, instaurer un périmètre de zone de sortie dans les zones où la circulation du virus est la plus active.

Soulager la tension hospitalière dans certaines régions

Une mesure sanitaire semblable à celle instaurée en mars 2020 où la règle du 1 km puis des 20 km et des 100 km rendait de facto difficile voire impossible de se déplacer librement d'une région à une autre.

Des confinements régionaux avant un confinement national? Pierre Tattevin, président de la Société de pathologie infectieuse de langue française, considère dans le Parisien qu'une telle mesure permettrait d'épargner les régions moins touchées par la reprise de l'épidémie et ainsi assurer des lits en cas de transfert de patients provenant des zones en tension hospitalière.

Un avis que ne partage pas son confrère et membre de l'Académie de médecine François Bricaire qui considère dans les colonnes du même journal que le risque d'attraper le virus est parfois le même selon qu'on se déplace entre régions ou entre villes d'une même collectivité.

Le calendrier scolaire risque toutefois de perturber l'éventuelle mise en place de confinements régionaux. Les vacances de février doivent en effet débuter vendredi prochain, entraînant avec elles de nombreux déplacements familiaux. "Cela complique la décision politique", reconnaît Éric Caumes.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV