BFMTV

Evoquer le déconfinement, une façon d'améliorer le moral des Français

Des Parisiens qui se baladent le long du canal Saint-Martin à Paris ce dimanche.

Des Parisiens qui se baladent le long du canal Saint-Martin à Paris ce dimanche. - AFP

Alors que les autorités craignent un relâchement du respect des mesures de confinement, l'opposition critique la communication du gouvernement qui a évoqué la semaine dernière un futur déconfinement. Une perspective qui est pourtant vertueuse pour le moral des Français.

Le Premier ministre l'a fait savoir la semaine dernière: évoquer le futur déconfinement répond à une logique de donner des "perspectives aux Français qui entament leur quatrième semaine de confinement.

A l'heure actuelle, aucun scénario n'a été fermement établi pour envisager une levée des mesures de restriction mais le principe de progressivité est désormais acquis. "Il faut éviter les injonctions contradictoires qui peuvent renforcer l'indiscipline ici ou là", a critiqué le patron des députés LR Damien Abad, estimant que le gouvernement a été trop rapide dans sa communication.

"Je trouve que le mot 'déconfinement' a été prononcé trop tôt et qu'on note un relâchement dans ce confinement", a revendiqué le député de l'Ain sur Europe 1, Cnews et Les Echos.

Le monde médical semble partager cet avis comme en témoigne à l'AFP cette infirmière au Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne.

"Je ne comprends même pas qu’on parle du déconfinement, ça continue d’arriver constamment", assure-t-elle.

"Plus facile de vivre avec des perspectives"

Pour certains spécialistes, l'utilisation du mot "déconfinement" par les autorités est pourtant une bonne chose pour le moral des Français.

"Evoquer la possibilité qu'un jour le confinement aura une fin aide d'avoir une perspective, cela donne de l'espoir, décrypte pour BFMTV.com le professeur Nicolas Franck, psychiatre responsable du Centre ressource de réhabilitation sociale et remédiation cognitive du centre hospitalier Le Vinatier, à Lyon.

L'institution mène, sous son égide, une étude sur les impacts du confinement sur la santé mentale et le moral des Français.

"Il est toujours plus facile de vivre avec des perspectives", poursuit le psychiatre.

Mais surtout il ne voit pas de risque à évoquer la fin du confinement.

"La population reste focalisée sur le virus, il suffit de bien lui expliquer les étapes et rappeler les gestes barrière" pour éviter le relâchement, insiste-t-il.

Le moral des Français s'est d'ailleurs amélioré à en croire le sondage BVA réalisé pour Europe 1 et Orange. Les sondés sont de plus en plus nombreux à trouver facile de travailler à domicile ou encore de faire leurs courses malgré le confinement.

Surtout ils sont beaucoup moins nombreux à penser que le pire est à venir (56% cette semaine contre 75% la semaine passée). L'étude menée par le centre ressource de réhabilitation sociale et remédiation cognitive montre également des facteurs d'"espoir" et de "résilience". 

Chez certains, le sentiment d'"invulnérabilité"

Si un impact négatif se fait ressentir, principalement chez les agriculteurs, les étudiants et les personnes précaires et en invalidité, l'étude, réalisée par questionnaire auprès de 11.500 personnes, relève également des points positifs du confinement.

"Il y a plusieurs facteurs sociaux, détaille le professeur Nicolas Franck. Il y a plus de solidarité, les contacts familiaux sont resserrés soit parce que l'on vit avec sa famille, soit parce qu'on prend plus souvent des nouvelles. Il y a aussi la sensation de se sentir utile, à la fois pour aider à freiner l'épidémie en restant chez soi, mais aussi avec l'idée que le confinement a un impact sur l'environnement. Il y a l'idée de revenir aux vraies valeurs."

Reste que certains contreviennent toujours à la règle et brisent les règles du confinement.

"Ce type de comportement relève davantage des traits de personnalité, estime le professeur Nicolas Franck. Nos sociétés poussent les gens à obtenir une satisfaction immédiate, il existe une intolérance à l'insatisfaction."

Ce type de comportement transgressif peut aussi trouver son explication dans ce que les spécialistes appellent "la pensée magique". Cette expression désigne une croyance selon laquelle certaines pensées permettent l'accomplissement de désirs ou empêchent la survenue d'événements graves, maintenant ainsi l'illusion qu'un contrôle absolu de la réalité est possible, pour apaiser ses angoisses.

"Il pourrait s'agir dans ce cas de trouver une cause dans une explication surnaturelle qui peut nous rendre invulnérable et empêche les individus de voir la réalité en face", analyse le professeur Franck.

La vigilance renforcée

Le week-end qui vient de s'achever était un test pour le gouvernement qui craignait que le début des vacances scolaires pour la zone C, dont Paris, et la météo printanière soit synonyme de non-respect des mesures de restriction de circulation. 160.000 policiers et gendarmes ont été mobilisés et ont procédé à 1,4 million de contrôles d'attestations qui ont donné lieu à 67.000 verbalisations entre vendredi et dimanche.

"Il n'y a pas eu de grands mouvements, les Français ont respecté la règle, le confinement", a estimé Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, invité du journal de 20 heures de France 2 dimanche.

"Les 65 millions de Français respectent globalement bien le confinement", a-t-il précisé encore ce lundi matin sur France Info, indiquant qu'il y avait eu près de "480.000 contraventions" dressées "sur 8,2 millions de contrôles" depuis le début du confinement.

La vigilance reste de mise, le ministère de l'Intérieur promettant que "les contrôles de police et de gendarmerie vont être beaucoup plus stricts". "On doit ça à nos soignants qui se battent pour nous", a affirmé Camille Chaize, la porte-parole du ministère sur BFMTV ce lundi matin.

"Il faut éviter ce relâchement, cette envie qu'on aurait de sortir, avec le beau temps, les vacances et les fêtes religieuses qui se profilent", a-t-elle expliqué. "Le confinement reste la règle et les sorties des dérogations à limiter à une fois par jour maximum."
Justine Chevalier