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Essai clinique mortel à Rennes: un expert dénonce "l'absence d'objectif thérapeutique"

Le professeur en neurologie note l'absence de réaction de Biotrial dès l'apparition des premiers effets secondaires.

Le professeur en neurologie note l'absence de réaction de Biotrial dès l'apparition des premiers effets secondaires. - Damien Meyer - AFP

Un professeur en neurologie se montre très critique sur les objectifs poursuivis par l'essai clinique organisé par le centre de recherches Biotrial, pour le compte du laboratoire Bial, et au cours duquel un participant a perdu la vie le 17 janvier dernier. Cinq autres personnes ont être hospitalisées.

Les interrogations et les doutes se multiplient après la mort d'un volontaire à un essai thérapeutique à Rennes en janvier dernier. Selon un rapport réalisé par un professeur en neurologie, à la demande de l'avocat de la famille de la victime, "le protocole" mené par le centre de recherches rennais, Biotrial, pour le compte du laboratoire portugais, Bial, "n'a rien de scientifique". 

Le 17 janvier, un participant à l'essai de la molécule BIA 10-2474 perd la vie, tandis que cinq autres personnes sont hospitalisées. A ce moment, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, indique qu'il s'agit d'un produit "les troubles de l’humeur et de l’anxiété, et les troubles moteurs, liés à des maladies neurodégénératives", comme la maladie de Parkinson. Le produit testé est une molécule à "visée antalgique" agissant sur les récepteurs cannabinoïdes.

"Dissimulation de l'objectif réel"

Selon le rapport de Christian Marescaux, neurologue, que s'est procuré Ouest France, cette molécule vise à tester "quatorze pathologies" qui vont "du traitement anti-douleur à la lutte contre l'obésité ou le cancer". Un constat qui démontre une absence d'objectif thérapeutique, selon l'expert, qui pourrait être causée par "une vraisemblable dissimulation de l'objectif réel de l'étude". 

"Ce protocole est illégal du début à la fin. Que les autorités publiques fassent leur travail", attaque le professeur.

Outre les attaques à l'encontre du laboratoire Bial, Christian Marescaux s'en prend également dans son rapport au centre de recherches Biotrial et dénonce l'absence de réaction de la société dès les premiers symptômes qui ont conduit à la mort du volontaire. "Au cours d'un essai de phase 1, tout effet indésirable, même banal, doit être considéré comme un syndrome de menace", explique l'expert au quotidien régional.

Des participants atteints de troubles

Cette critique à l'encontre de Biotrial avait déjà été formulée. Le centre de recherches avait poursuivi l'essai malgré les premiers effets secondaires ressentis par le patient décédé. Les responsables avaient jugé ces symptômes "déconnectés" du test et avaient poursuivi l'administration de la molécule. "Nous n'avons fait le lien avec l'essai clinique que lorsque d'autres volontaires ont eu eux aussi des troubles, le mercredi matin (13 janvier, Ndlr)", assure le président de Biotrial.

Une version que dénonce un ancien cobaye de cet essai. Il raconte avoir eu des problèmes de santé très rapidement, comme des maux de tête, des étourdissements, des troubles de la vision, et jusqu'à une paralysie. Transféré à l'hôpital, les médecins ont craint le pire. Aujourd'hui, le quadragénaire a des difficultés pour marcher et sa vision est fortement altérée. L'ex-volontaire met en cause Biotrial et rappelle que le centre de recherches a omis de communiquer sur la mort de chiens lors des essais précliniques.

Si l'nspection générale des affaires sociales (Igas) a relevé des "manquements majeurs" dans un rapport rendu début février, la société Biotrial assure quant à elle n'avoir identifié "aucune faute" et se disait même "soulagée".

J.C.