BFMTV

Enfant "guéri" du VIH: un nouvel espoir pour la recherche?

Le ruban rouge, symbole de la lutte contre le virus du sida.

Le ruban rouge, symbole de la lutte contre le virus du sida. - -

La guérison d’un bébé infecté par le virus du sida confirmerait l’efficacité des traitements antirétroviraux lorsqu’ils sont administrés de manière très précoce.

A deux ans et demi, elle incarne un nouvel espoir dans la lutte contre le VIH. Infectée à sa naissance et prise en charge aussitôt, une petite fille du Mississipi est aujourd'hui considérée guérie. Son cas, présenté dimanche à Atlanta lors de la 20e conférence annuelle sur les rétrovirus et les infections opportunistes, est unique au monde. Dix mois après la fin de son traitement, qui en a duré 18, elle ne présente en effet plus que des traces du virus.

Est-ce la preuve vivante que l'on peut guérir du Sida? Pour Asier Saez-Cirion, chercheur à l'unité de régulation des infections rétrovirales de l'Institut Pasteur, il faut rester "prudent".

"Cette guérison est fonctionnelle, c’est-à-dire que le virus n'a pas été totalement éradiqué. Et il y a une chose importante que l’on ne sait pas encore sur ce bébé: s'il est parvenu à contrôler spontanément le virus, ou si c'est le traitement administré de manière très précoce qui lui a permis, par la suite, de le contrôler tout seul", explique-t-il à BFMTV.com.

De rares personnes endiguent naturellement le virus

Une infime proportion des patients atteints du VIH (0,5%) contrôlent en effet naturellement l'infection. Séropositifs depuis de nombreuses années, ils parviennent à bloquer la multiplication du virus grâce à un patrimoine génétique favorable.

Mais, s'il s'avère que ce bébé n'est pas doté d'une telle résistance, on peut alors attribuer sa guérison au traitement antirétroviral. Ou plutôt, à sa précocité. "Pris le premier mois, le traitement peut permettre de limiter fortement le taux de mutation du virus, et donc son développement", indique Asier Saez-Cirion.

Un patient sur dix traité de façon précoce contrôle le virus

Ainsi, "certains patients, pris en charge dans les trois mois et qui prennent leur traitement pendant un temps suffisamment long, parviennent, après l'avoir interrompu, à contrôler eux-mêmes la progression du virus", note le chercheur.

Une découverte récente, fruit d’une étude de l'ANRS à laquelle l'institut Pasteur a collaboré, et dont les résultats n'ont pas encore été rendus publics. Ainsi, l'un des quatorze patients étudiés a arrêté son traitement depuis sept ans et demi sans que le virus ne se développe.

Mais ces cas restent minoritaires. "Actuellement, on estime à 10% le nombre de patients qui réagissent ainsi, indique le chercheur. Tous les bébés traités à la naissance ne pourraient donc pas être guéris. Ce que nous allons maintenant chercher à savoir, c’est pourquoi certains patients réagissent mieux au traitement que d’autres."

Un seul autre cas de guérison connu

Avant le bébé du Mississipi, un seul cas de guérison du VIH avait été reconnu. Celui de Timothy Brown, qui ne présente depuis 2007 plus de signe de l'infection qu’il a contractée en 1995. 

Son cas était néanmoins différent. Il avait reçu une greffe de moelle osseuse d'un patient porteur de cellules immunitaires mutantes, résistantes au VIH. Cette particularité génétique, très rare, est essentiellement présente chez les populations d’Europe du Nord.

Des mutations qui "pourraient être introduites dans un traitement, indique Asier Saez-Cirion. Des recherches sont en cours. Mais cela reste très coûteux."

A LIRE AUSSI:

>> Un homme aurait guéri du sida à la suite d'une greffe

>> Un vaccin thérapeutique donne des résultats encourageants

>> "She", un site internet pour aider les femmes séropositives

Mathilde Tournier