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Elles ont dû accoucher avec un masque et l'ont mal vécu

Photo d'illustration d'un nourrisson à la maternité

Photo d'illustration d'un nourrisson à la maternité - Fred dufour-AFP

Certaines maternités imposent le port du masques aux femmes durant leur accouchement. Une expérience difficile pour certaines d'entre elles.

Elles ont dû accoucher masquées. La pandémie de Covid-19 bouleverse les habitudes et impose de nouveaux rélfexes sanitaires, y compris dans les moments les plus intimes de la vie. Plusieurs femmes contraintes de porter un masque durant leur accouchement témoignent de la difficulté à donner naissance et rencontrer leur nouveau-né tout en ayant le visage masqué.

Le visage du bébé découvert sur le portable

Cela a été le cas de cette jeune femme de 35 ans, qui réside à Bègles, en Gironde. Elle raconte à BFMTV sa difficulté à respirer avec le masque pendant ses quelque vingt-neuf heures de travail à la maternité. "Il me donnait la nausée, je n'arrivais pas à reprendre ma respiration entre les poussées et entre les contractions." Et quand enfin son bébé a vu le jour, elle n'a pas réussi à distinguer son visage.

"Quand on me l'a posé sur le ventre, comme j'avais mon masque que je n'avais pas le droit d'enlever, je ne pouvais pas voir mon fils. Le masque me bloquait complètement le champ de vision en direction de mon ventre, là où il était posé. Et donc j'ai découvert son visage à travers le téléphone portable de mon conjoint."

Ce qui devait être un instant inoubliable s'est transformé en un moment difficile à vivre aussi bien physiquement que symboliquement. Sonia Bisch, présidente et porte-parole du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, déclare sur BFMTV recevoir ce genre de témoignages "tous les jours". Et dénonce une "cacophonie", chaque maternité ayant ses propres règles sur le port du masque.

"On a lancé notre hashtag #StopAccouchementMasqué parce qu'on était alerté par des mamans terriblement angoissées à l'idée d'accoucher avec un masque ou qui avaient eu des accouchements ultra-difficiles à cause de ce masque, ou encore de l'interdiction faite au papa d'assister à l'accouchement."

Le père qui pose et soulève le masque

Pour cette autre jeune femme, dont le travail a duré trente heures, le port du masque était également obligatoire en salle de travail. Elle se souvient pour BFMTV que quand les contractions se sont rapprochées et qu'il a fallu pousser, "l'équipe médicale a dit à mon conjoint: 'le papa va servir à quelque chose maintenant, il va tenir le masque à la maman pour qu'elle puisse pousser'".

"On a demandé à mon conjoint de tenir le masque hors de mon nez et de mes voies respiratoires pour que je puisse prendre une inspiration et relâcher le masque sur mon visage pour que je pousse. Je commençais à être à bout de force puisque ça faisait plus de trente heures que j'avais des contractions, j'avais peu dormi et le travail avait été assez lent. C'était compliqué pour moi. Comme je n'arrivais plus à pousser, le médecin a décidé de m'autoriser à enlever mon masque."

Et au bout de cette trentaine d'heures de travail, durant laquelle cette mère a été masquée la plupart du temps à l'exception des dix dernières minutes, il a finalement fallu utiliser des spatules pour que son bébé soit guidé vers la sortie. Complications, manque d'oxygène: Sonia Bisch, du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, redoute ainsi de nombreuses conséquences à ces accouchements masqués.

"On a mené une grande enquête nationale cet été qui nous a montré que le port du masque était corrélé avec davantage de complications et davantage de dépression du post-partum. Depuis mars, il n'y a aucune recommandation de la part du ministère de la Santé. On a interpellé Olivier Véran, on n'a eu aucune réponse. La Haute Autorité de santé, pareil. Alors qu'à l'étranger, aux États-Unis, au Royaume-Uni, il y a des recommandations qui sont unanimes des hautes instances de santé qui bannissent le masque pendant l'accouchement."

Il y aurait pourtant, selon elle, une solution toute simple: que les soignants portent des masques FFP2 qui protègent de l'inhalation de gouttelettes et de particules en suspension dans l'air. "Il n'y a plus de pénurie. Si les soignants les utilisaient, les mamans seraient dispensées de porter des masques."

"Je l'ai arraché"

Pour le professeur Olivier Picone, gynécologue et obstétricien, il est possible de se passer du masque lors de "la période des efforts expulsifs", considère-t-il pour BFMTV. "Si la patiente n'est pas infectée, n'a pas de symptôme, il n'y a pas de raison qu'elle ait le masque. Mais si la patiente a des symptômes ou de la fièvre, c'est autre chose." Et plaide avant tout pour une meilleure communication. "Au sein des maternités, il faut expliquer le contexte aux patientes, en fonction de la région, du moment de l’épidémie."

Sonia Bisch, du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, invite pour sa part les femmes enceintes à contacter leur maternité et à leur demander leur politique en matière de masque. Puis à partager ces informations dans un formulaire dédié (ici en lien) afin de pouvoir informer toutes les parturientes.

Virginie (qui a souhaité n'être présentée que par son prénom) a accouché au mois de juin. Elle rêvait d'un accouchement physiologique, "le plus naturel possible". Mais ce dernier a dû être décleché. "Il se trouve que le déclenchement provoque des contractions artificielles beaucoup plus douloureuses", confie-t-elle à BFMTV.

"Au moment où il faut pousser, les contractions étaient tellement douloureuses que je n'ai pas pu garder ce masque. Il m'empêchait clairement de me concentrer sur ma respiration, de gérer le mal, donc je l'ai arraché. La sage-femme n'a rien pu dire, je ne pouvais plus respirer, je criais."
Par Céline Hussonnois-Alaya, avec Roselyne Dubois