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Des lycéens recréent un médicament vendu 750 dollars pour... 2 dollars

Des élèves d'un lycée de Sydney ont synthétisé la pyriméthamine, principe actif du Daraprim.

Des élèves d'un lycée de Sydney ont synthétisé la pyriméthamine, principe actif du Daraprim. - University of Sydney

Un groupe de lycéens australiens a réussi à synthétiser le principe actif du Daraprim, un médicament contre la toxoplasmose dont le prix avait augmenté de 5.000% en 2015, sur décision de l'ex-PDG de Turing Pharmaceuticals, Martin Shkreli.

Outre-Atlantique, les patients qui ont besoin du traitement Daraprim doivent débourser pas moins de 750 dollars pour un comprimé, soit 704 euros. Ce médicament antiparasitaire utilisé pour traiter et prévenir la malaria et la toxoplasmose, un traitement nécessaire pour certains patients atteints du sida, n'a pourtant pas toujours été vendu à ce prix-là.

C'est en 2015 que la société qui rachète les droits de commercialisation de la molécule aux Etats-Unis, Turing Pharmaceuticals, décide de faire passer son prix de 13,50 dollars à 750 dollars, soit une augmentation de plus 5.000% qui a suscité une importante polémique. Une décision qui a valu à Martin Shkreli, dirigeant de Turing Pharmaceuticals, d'être surnommé l'"homme le plus détesté des Etats-Unis".

Un an plus tard, ce dernier n'est plus à la tête de l'entreprise, qui a annoncé faire un geste pour les hôpitaux, les premiers à traiter les patients atteints de toxoplasmose, avec un rabais allant jusqu'à 50%. En clair, le médicament est maintenant disponible pour 375 dollars, soit 352 euros, un prix qui reste tout de même plus élevé de 2.500%. La société pouvait jusqu'ici se permettre de faire fi des critiques: il n'existe pas de traitement alternatif avec la même efficacité.

Les données à disposition de tous

Mais c'était avant qu'un groupe de lycéens australiens n'arrive à recréer cette précieuse molécule en laboratoire, avec l'aide de scientifiques du Consortium Open Source Malaria. Ces derniers leur ont fourni les données pour synthétiser la pyriméthamine, le principe actif de ce médicament contre la toxoplasmose.

Cette découverte leur a également permis de mettre à mal les arguments de Turing Pharmaceuticals, qui justifiait cette hausse des prix par la nécessité de rendre le traitement rentable: pour 2 dollars de médicaments, ils sont parvenus à produire les mêmes quantités que ce que les patients doivent payer à prix d'or.

"Le Daraprim peut être rapidement et simplement fait, ce qui remet en question la nécessité d'un prix aussi élevé pour cette médecine importante", souligne le professeur Matthew Todd de l'université de Sydney sur son site internet.

Pour mettre fin à ce monopole, les informations indispensables pour créer le médicament ont été mises en "open source": les scientifiques du monde entier sont en mesure de visualiser toutes les données sur le sujet. "Ce fut un excellent programme pilote. Le prochain défi consiste à travailler avec des enfants de toutes sortes d'écoles", a ajouté le docteur Williamson au Sydney Morning Herald.

Martin Shkreli réagit

Le consortium cherche à maintenant à amasser des fonds afin d'aménager un laboratoire véhiculé pour se rendre dans de nombreuses écoles qui n'ont pas assez de fonds pour financer les équipements de laboratoire indispensables. Malgré cette bonne nouvelle, un obstacle persiste: ce médicament alternatif et moins cher ne peut pas être commercialisé aux Etats-Unis, car Turing Pharmaceuticals contrôle sa vente de manière exclusive.

Le médicament est cependant disponible en Australie, où cinquante comprimés d'une dose de 25 milligrammes coûteront 12,99 dollars, soit 12,20 euros. Peu de temps après cette annonce relayée sur Twitter, le Sydney Morning Herald fait savoir que Martin Shkreli, l'ancien PDG de Turing Pharmaceuticals, a réagi face aux invectives de nombreux internautes.

"Apprendre à synthétiser ce n'est pas une innovation. N'importe qui peut fabriquer des médicaments, c'est facile", a-t-il posté. Mais après avoir de nouveau suscité l'indignation, ce dernier a publié une vidéo le 1er décembre dans laquelle il affirme que "ces étudiants australiens sont la preuve que l'économie du 21e siècle résoudra le problème de la souffrance humaine à travers les sciences et la technologie".
Alexandra Bresson