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Covid-19: situation critique à Mayotte, les hôpitaux au bord de la rupture

Un membre du personnel soignant dans une chambre préparée pour un malade du Covid-19 à l'hôpital de Mamoudzou, sur l'île de Mayotte, le 11 juin 2020

Un membre du personnel soignant dans une chambre préparée pour un malade du Covid-19 à l'hôpital de Mamoudzou, sur l'île de Mayotte, le 11 juin 2020 - Ali AL-DAHER © 2019 AFP

Depuis plusieurs semaines, l'île connaît une explosion des contaminations, favorisée par l'expansion du variant sud-africain du coronavirus.

La situation est extrêmement critique à Mayotte. Depuis maintenant plusieurs jours, les contaminations explosent dans ce département d'outre-mer de l'océan Indien puisque selon le dernier point épidémiologique de l'ARS de Mayotte, 2410 cas ont été relevés à la mi-février (2410). Un chiffre qui a plus que doublé par rapport à la fin du mois de janvier, où 1159 patients avaient été recensés, et qui avait provoqué un nouveau reconfinement insulaire début février.

Autre signe de l'urgence de la situation, le taux d'incidence du coronavirus sur place. Selon cette même source, ce dernier est de 862 pour 100.000 habitants contre 414 deux semaines plus tôt. Début février sur BFMTV, Dominique Voynet, directrice de l'ARS locale, expliquait que l'on "a vu vraiment la circulation du virus s'accélérer à partir du début du mois de janvier." Pour rappel, le seuil d'alerte est situé à 50 cas pour 100.000 habitants.

Comme le signale encore l'ARS, cette explosion des cas est expliquée par "la présence de variants plus transmissibles, comme celui identifié en Afrique du Sud et dénommé 501Y.V2. Sa transmissibilité serait environ 50% plus élevée entrainant une diffusion plus rapide dans la population."

L'hôpital à flux tendu, des transferts vers la Réunion

Cette propagation rapide du Covid-19 à Mayotte se traduit de manière très concrète localement.

"Il y a un mois, je n’avais aucun patient atteint du Covid dans mon service, un mois plus tard, on est sans cesse au bord de la rupture et l’on ne sait pas combien de temps ça va durer. [...] Six patients en 'réa' dans une même salle, je pense que ça montre bien la gravité de la situation", explique auprès du Monde le docteur Renaud Blondé, chef du service de réanimation au centre hospitalier de Mayotte.

Alors, face à l'afflux massif des malades, l'hôpital qui ne possède que 16 lits de réanimation pour une population de 400.000 personnes s'adapte et travaille en flux tendu.

"À devoir absolument libérer de la place, on a parfois fait sortir des patients trop tôt, résultat ils sont revenus quasiment en arrêt respiratoire", explique encore ce dernier.

Afin de désengorger l'hôpital local, les médecins peuvent compter sur les établissements de l'île de la Réunion voisine. "Sans eux, je ne sais pas comment on ferait, ce serait vraiment la merde", ajoute le docteur Blondé, toujours auprès du quotidien national. "S’ils se prennent un mur épidémique comme nous, on est foutus", tempèrent les médecins interrogés.

Pour l'heure, de manière quotidienne, quatre patients de Mayotte sont évacués jusqu'à l'île voisine.

Une pénurie de cercueils démentie

Le média Mayotte la 1ère rapportait mardi que le département était actuellement confronté à une pénurie de cercueils. Jean L’Huillier, directeur des pompes funèbres locales, faisait état de "vingt cercueils utilisés en seulement trois jours", soit un total hors-Covid habituellement suffisant pour six mois à Mayotte.

"Lorsqu'on bouge un corps, il expulse de l'air, des particules extrêmement contagieuses. La mise en bière permet d'isoler le virus", expliquait Jean L'Huillier, qui estime que baisser les taxes sur les cercueils et les reproduire localement pourraient être des solutions à la pénurie.

Une information démentie ce mardi soir par le ministère de la Cohésion des territoires auprès de BFMTV. "Sans minorer la situation dramatique de Mayotte, que nous suivons évidemment avec attention, l'intervention d'Estelle Youssouffa était approximative sur la situation réelle, notamment sur la pénurie de cercueils: il n'y a aujourd'hui pas de pénurie de cercueil sur l'île contrairement à ses affirmations et à sa tribune sur Atlantico.fr", affirme le ministère.

Sur place, la grogne monte néanmoins face à cette situation critique. Dans une tribune publiée sur le site Atlantico, Estelle Youssouffa, présidente du Collectif des Citoyens de Mayotte, rappelle que "le 101ème département français niché dans l'océan Indien meurt en masse du coronavirus", et que les autorités locales "sous-estiment l'ampleur de l'hécatombe en ne testant pas systématiquement les corps qui sont souvent enterrés traditionnellement par les familles en dehors du circuit sanitaire."

"Par satellite, nous regardons à la télévision le ministre de la Santé se dépoitrailler pour être vacciné alors que la vaccination commence péniblement avec un mois de retard sur notre île. Olivier Véran n'a pas daigné faire le déplacement à Mayotte. Pas plus que ses collègues de l'Outre Mer Sébastien Lecornu ou de l'Intérieur Gérald Darmanin", dénonce-t-elle.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV