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Covid-19: peut-on se passer de Johnson & Johnson dans la campagne de vaccination?

Des fioles du vaccin Johnson & Johnson contre le Covid-19, le 25 mars 2021 à Los Angeles, en Californie

Des fioles du vaccin Johnson & Johnson contre le Covid-19, le 25 mars 2021 à Los Angeles, en Californie - Frederic J. BROWN © 2019 AFP

La firme américaine a décidé se retarder la livraison de son vaccin en Europe après la pause recommandée par les autorités sanitaires aux Etats-Unis.

Un principe de précaution qui pourrait avoir de lourdes conséquences. Ce mardi, le groupe pharmaceutique américain Johnson & Johnson a indiqué avoir pris la décision de retarder le déploiement de son vaccin unidose contre le Covid-19 en Europe après la décision des autorités sanitaires américaines de recommander "une pause" dans son utilisation aux Etats-Unis.

Les principales agences fédérales de santé publique du pays souhaitent enquêter sur six cas de personnes ayant développé des cas graves de caillots sanguins après avoir reçu le vaccin dans le pays. Johnson & Johnson "est en train d'étudier ces cas avec les autorités européennes de santé", a indiqué le groupe.

8 millions de doses en moins

Un retard qui pourrait avoir de graves répercussions sur la stratégie vaccinale déployée en France. La firme américaine devait livrer 200.000 doses dès cette semaine dans l'Hexagone, pour un total de 8 millions de vaccins d'ici fin juin. Les livraisons devaient d'ailleurs monter en puissance au fil des semaines, puisque 600.000 doses devaient être distribuées d'ici fin avril, et 2,5 millions d'ici fin mai, pour un total de 20% des personnes vaccinées à l'échelle du pays au début de l'été.

Sur BFMTV, Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses à l‘hôpital Henri Mondor de Créteil, a expliqué dans quelle mesure la perte, même temporaire, du vaccin Jonhson & Johnson est problématique pour la campagne vaccinale française.

"Ça va être difficile, on va perdre 8 millions de vaccinations. On ne peut pas se passer d’un vaccin comme celui-ci, tout comme Astra Zeneca. Il faut prendre en compte les signaux de pharmacovigilance et étudier les données", a-t-il fait valoir.

Ce vaccin a toutefois pour lui de nombreux avantages. Monodose, ses flacons qui contiennent cinq injections peuvent être gardés dans des frigos traditionnels. Initialement réservé aux 55-79 ans et 70 ans et plus, il était également pour les plus réticents une manière de faciliter la vaccination, avec un seul déplacement programmé.

"C'est une catastrophe"

Sur le terrain, cette absence du vaccin américain aura des conséquences immédiates, Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français et médecin à Perpignan s'en est alarmé sur BFMTV.

"C'est une catastrophe. On aura un manque de doses, on n’aura pas de livraisons pendant une à deux semaines. Aujourd'hui, les Français ont admis l’idée de se faire vacciner", a-t-il analysé.

Pour lui, se passer du vaccin produit par Johnson & Johnson provoquerait un retard de plusieurs semaines dans la stratégie vaccinale mise en place dans le pays. "Actuellement dans nos cabinets, nous allons avoir un trou de livraisons", a-t-il déploré.

L'écueil de la défiance

Outre l'aspect purement sanitaire de ces retards, plusieurs professionnels de la santé estiment que ces derniers événements vont, comme ce fut le cas pour le vaccin AstraZeneca, cristalliser une forte défiance autour du sérum de Johnson & Johnson. Jean-Paul Ortiz a estimé "raisonnable" la décision de cet arrêt temporaire, mais souligne qu'une communication importante sera nécessaire dans les jours à venir.

"C’est une catastrophe pour les médecins, il y a une défiance contre AstraZeneca, et on répéte qu’il protège autant. Il faut regagner la confiance maintenant. Les patients disent 'je veux bien me faire vacciner, mais pas avec AstraZeneca'. Il nous faut tous les vaccins et les adapter à toutes les catégories, il faut personnaliser", a-t-il expliqué.

Pour Jean-Daniel Lelièvre, il va être important de communiquer autour de ces différents vaccins et de faire confiance aux agences de santé. "Ce sont des vaccins remarquablement efficaces. Ils sont très efficaces contre les variants", a-t-il rappelé.

"Il ne faut pas répéter ce qu’on a fait avec AstraZeneca. Il faut toutes les informations, les analyser entre scientifiques, et communiquer à l’échelle européenne", a conclu l'immunologue.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV