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Covid-19: le groupe sanguin O protège-t-il contre le virus?

Poches de sang à l'Etablissement français du sang

Poches de sang à l'Etablissement français du sang - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Depuis le début de la pandémie, des recherches s'intéressent au rapport entre groupes sanguins et infections au Covid-19. Toutes vont dans le même sens: les O semblent plus protégés de la maladie.

Dans la multitude de recherches réalisées sur le Covid-19 et sa transmission depuis un an, un élément est revenu dans plusieurs études: les personnes porteuses du groupe sanguin O sont moins contaminées que celles du groupe A, B ou AB. Aucun consensus scientifique n'a pour le moment été établi sur le sujet, mais plusieurs projets de recherche en cours ont pour but d'y voir plus clair, comme le relève Le Parisien.

La publication des premières recherches sur le sujet date du début de l'épidémie, en mars 2020, avec une pré-étude chinoise expliquant que "le groupe sanguin O était associé à un risque plus faible d'infection par rapport aux groupes sanguins non-O". Le premier groupe avait 33% de chances de moins d'être contaminé. Depuis, d'autres papiers scientifiques ont suivi à ce propos, et dernièrement, ce sont des chercheurs de l'Inserm qui sont arrivés à des conclusions similaires, dans une étude publiée fin janvier.

"Le groupe sanguin O semble protecteur par rapport aux types non-O"

Les données présentées "indiquent que les groupes sanguins ABO influencent le risque d'infection par le SARS-CoV-2 et plusieurs études permettent en outre de déterminer un effet sur la gravité de la maladie", écrivent les chercheurs. "Dans les deux situations, le groupe sanguin O semble protecteur par rapport aux types non-O".

Le suivi de cette piste ne sort pas de nulle part. "On avait déjà un certain nombre d'indications sur d'autres virus, en particulier sur le virus du SRAS, qui ressemble beaucoup à celui du Covid", expliquait en avril sur BFMTV l'immunologue Jacques Le Pendu, directeur de recherche à l'Inserm, et co-auteur de cette dernière étude. "Sur ces indications on voyait que les personnes du groupe O étaient moins souvent infectées que les autres groupes A, B ou AB".

Selon l'étude, qui a analysé des milliers de données provenant de plusieurs pays, les personnes porteuses du groupe 0 ont entre 10 et 30% de chances en moins que les non O d'être infectées par le Covid-19.

Pas de totem d'immunité pour les O

Parmi les hypothèses étudiées pour expliquer ce phénomène, les anticorps développés par les personnes de groupe O. Un sujet de groupe O a des anticorps anti-A et anti-B, un sujet du groupe B des anticorps A, un sujet du groupe A des anticorps B, et pour les AB, aucun de cela, explique l'Etablissement Français du Sang. Si cette classification est primordiale quand il s'agit de faire des transfusions sanguines, elle aurait donc aussi un impact face au Covid-19.

"Les anticorps naturels anti-A et anti-B pourraient être partiellement protecteurs contre les virions du SRAS-CoV-2 portant des antigènes de groupes sanguins provenant d'individus non-O", explique l'étude. Les O seraient donc moins contaminés par les A et B.

Ainsi, "les pays qui ont le moins de personnes O ou une bonne répartition, comme la Corée du Sud et le Japon, ont un virus qui se propage moins", explique au Parisien Jacques Le Pendu. En revanche, si la population a une forte proportion de O, l'impact est moindre car les individus avec un groupe sanguin O peuvent se contaminer entre eux. En France, selon les données de l'EFS, 42% de la population fait partie du groupe O, 44% du groupe A, 10% du groupe B et 4% du groupe AB.

Les gestes barrières toujours à respecter

La virologue Anne Goffard étudie également la possibilité que les anticorps naturels chez le groupe O aient un effet sur la protéine Spike, celle qui permet au SARS-CoV-2 de pénétrer dans nos cellules. "Ils empêchent la protéine Spike de reconnaître les cellules pulmonaires à infecter", explique-t-elle au quotidien francilien.

Une autre hypothèse mise en avant dans l'étude souligne que "les individus O sont moins sujets à la thrombose [formation d’un caillot sanguin dans une veine] et au dysfonctionnement vasculaire que les individus non-O et pourraient donc être moins exposés en cas de dysfonctionnement pulmonaire sévère".

Ces avancées majeures dans la compréhension de l'interaction du coronavirus avec notre organisme ne sont pas un totem d'immunité pour les personnes du groupe O. Si leurs chances d'attraper le virus semblent moins importantes, elles sont toujours capable d'être infectées, et de développer des formes graves de la maladie, il n'est donc pas question d'arrêter d'observer les gestes barrières et les mesures de distanciation sociale.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV