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Coronavirus: comment va se dérouler l'essai clinique sur les transfusions de plasma?

Un essai clinique est lancé ce mardi pour tester l'efficacité de la transfusion de plasma de patients guéris du Covid-19 pour traiter des cas graves de la maladie. Une technique déjà utilisée, notamment lors de l'épidémie d'Ebola en 2014.

Les chercheurs se sont lancés dans une course effrénée pour trouver un traitement au Covid-19 qui a déjà fait plus de 8.900 morts en France, selon le dernier bilan communiqué par les autorités lundi soir. Parmi les solutions thérapeutiques imaginées figurent le nouvel essai clinique mené conjointement par l'AP-HP, l'Inserm et l'Etablissement français du sang. A partir de ce mardi, des patients guéris du Covid-19 seront contactés et sont invités à donner leur plasma. Le plasma collecté sera ensuite transfusé à des patients atteints par la maladie.

  • Comment vont se dérouler les prélèvements?

Les patients contactés pour participer à cet essai doivent être guéris depuis au moins 14 jours. Les prélèvements, qui débutent ce mardi, seront réalisés dans les trois régions les plus touchées par l'épidémie, l'Ile-de-France, le Grand-Est et la Bourgogne-Franche-Comté. D'une durée d'environ 45 minutes, ils vont être réalisés par plasmaphérèse, c'est-à-dire que seul le plasma, la partie liquide du sang, est collecté dans une poche. Après un passage du sang dans une centrifugeuse, les autres éléments composant le sang, les globules blancs, rouges et plaquettes sont retournés au donneur.

"Le sang passera ensuite une phase de vérification par les laboratoires de l'EFS pour s'assurer qu'il ne contient aucune trace du Covid-19 ou autres agents", explique à LCI le professeur Karine Lacombe, responsable de l'essai. 

Au total, ce sont 600 ml de plasma qui seront prélevés à chaque donneur.

  • Pourquoi collecter le plasma de patients guéris?

C'est dans le plasma que sont présents les anticorps. "Les patients guéris ont produit des anticorps neutralisants c'est-à-dire qu'ils ont développé une défense immunitaire contre le Covid-19", détaille Cathy Bliem, directrice générale adjointe de l'EFS.

Le plasma collecté va être transfusé, à partir de la semaine prochaine, à des "patients en phase aiguë de la maladie", poursuit Cathy Bliem. Des patients hospitalisés en début de maladie, avec un risque de développer des cas sévères, comme des personnes âgées. L'idée est de "les aider à surmonter cette infection", indique encore la responsable de l'EFS.

Chaque patient se verra recevoir quatre doses thérapeutiques de 200 ml de plasma riche en anticorps. Cet essai est "randomisé", c'est-à-dire que les résultats seront comparés entre ceux qui recevront le plasma dit convalescent et ceux qui ne le reçoivent pas. 

  • A quand les résultats?

L'efficacité de la transfusion de plasma contenant des anticorps au Covid-19 à des patients atteints de la maladie devrait être connue d'ici deux à trois semaines. "On se met en ordre de marche pour pouvoir prélever beaucoup plus de patients guéris", explique Cathy Bliem, qui appelle toutefois à la prudence tant que les résultats ne sont pas connus. "Il faut bien sûr entretenir l'espoir et il faut être très raisonnable et on a besoin de garantir ce succès", abonde Pascal Morel, le directeur de l'EFS.

"On sait que cette méthode devrait pouvoir marcher, assure le docteur Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré à Garches, dans les Hauts-de-Seine. On a des données préliminaires des Chinois qui disent que ça peut être une solution intéressante."
  • La transfusion de plasma, une méthode déjà testée?

"Utiliser des anticorps contre certaines infections pour soigner des patients qui ne sont pas capables ou qui n'ont pas encore développé d'anticorps, c'est quelque chose qui n'est pas nouveau", assure la directrice générale adjointe de l'EFS. Il s'agit même d'une approche thérapeutique utilisée depuis le début du siècle pour d'autres pathologies. 

Au moment de l'épidémie de SRAS en 2002-2003, un essai clinique de ce type avait été lancé à Hong-Kong. 80 patients avaient reçu du plasma contenant des anticorps formés en réaction à la maladie. Les résultats avaient montré "que les personnes traitées dans les deux semaines suivant l’apparition des symptômes avaient plus de chances de sortir de l’hôpital que celles qui n’avaient pas été traitées", rappelle Pour la science. Une étude avait également démontré que pendant l'épidémie de H1N1 la transfusion de plasma permettait "une réduction significative du risque relatif de mortalité", selon la revue scientifique The Lancet.

"On a le recul aussi sur Ebola, c'est comme ça qu'on a réussi à traiter des cas sévères en Afrique", rappelle le docteur Benjamin Davido.

Les résultats sur le virus Ebola sont à nuancer. Un essai clinique, mené en 2016 sur 80 patients ayant reçu environ 400 ml de plasma et dont l'état de santé avait été comparé à 418 patients n'ayant pas reçu le plasma contenant des anticorps, a montré que le taux de mortalité était quasiment identique. 

Justine Chevalier