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Ce qui pourrait expliquer l'essoufflement de l'épidémie de Covid-19 depuis la fin du confinement

Image d'illustration, personnes portant des masques

Image d'illustration, personnes portant des masques - AFP

Si plusieurs signaux laissent à penser que l'épidémie de Covid-19 a connu son ressac, les autorités sanitaires conseillent encore et toujours de respecter du mieux possible les gestes de protection.

Cela fait maintenant deux semaines et demi que les Français ont entamé la première étape du déconfinement. Si Édouard Philippe doit ce jeudi prendre la parole à la suite d'un nouveau conseil de Défense convié par Emmanuel Macron à l'Elysée afin d'évoquer les prochaines échéances pour l'ensemble du pays, le doute plane toujours quant à l'arrivée d'une seconde vague de l'épidémie sur le pays.

Plusieurs spécialistes ont déjà affirmé qu'un retour de la Covid-19 était à exclure, mais les recommandations sanitaires précisent que la prudence doit rester de mise et les gestes barrières scrupuleusement appliqués. Pour autant, face au recul des admissions à l'hôpital ces dernières semaines, et la baisse du nombre de morts liés au coronavirus, un certain essoufflement de l'épidémie se fait ressentir. Quelles en sont les causes?

Circonscription des clusters

Interrogé par le quotidien Le Figaro, Laurent Hebert-Dufresne, professeur de science informatique à l’université du Vermont souligne que l'interdiction des grands rassemblements, dans des lieux clos, serait l'un des points centraux du ralentissement de la propagation du coronavirus. 

Dès mars, et l'apparition de plusieurs clusters sur le territoire, dont celui en lien avec un rassemblement évangéliste à Mulhouse, il avait été prouvé que "10% des malades étaient à l’origine de 80% des infections". Des cas de super-contaminateurs qui ont finalement été circonscrits par les interdictions mises en place par le gouvernement. 

Pour autant, le risque reste toujours latent. En ce début de semaine, deux événements ont particulièrement été pointés du doigt: l'organisation d'un match de football clandestin à Strasbourg et une fête organisée sur une plage d'Arcachon, qui ont tous deux réuni plusieurs centaines de personnes. Les autorités sanitaires soulignent la dangerosité de tels actes.

"En théorie, on pourrait réussir à maintenir le R0 (NDLR: le nombre de personnes contaminées par un malade) en dessous de 1 en se contentant de telles mesures. Dans la situation actuelle, alors que l’épidémie est installée, il faut d’abord déterminer si le rôle des super-contaminateurs est toujours prépondérant et si les contaminations moins spectaculaires ne suffisent pas à entretenir l’épidémie", explique de son côté Samuel Alizon, chercheur au CNRS, toujours auprès du quotidien. 

Vers une immunité croisée? 

Depuis l'arrivée de l'épidémie en France, la question de l'immunité collective se pose. D'autant qu'elle semble encore loin d'être acquise, comme le soulignait fin avril une enquête de l'Institut Pasteur, selon laquelle seuls 26% des Français auraient produit des anticorps.

Mais ces derniers jours, une nouvelle théorie, corroborée par une étude américaine publiée dans la revue Cell, fait surface: celle de l'immunité croisée

Ce phénomène, déjà remarqué dans le cas de différentes autres pathologies, est simple. Il s'agit d'une immunité acquise contre un agent infectieux, mais qui peut également être efficace contre un second agent. Pour le dire plus simplement, les spécialistes en charge de cette étude estiment qu'un patient, atteint plus tôt dans sa vie par un autre coronavirus, pourrait être immunisé contre le Covid-19.

Si cette hypothèse doit encore être vérifiée, les premières bribes de ces travaux soulignent que 40 à 60% de la population pourraient être immunisés contre le Covid-19 sans même y avoir été exposé. 

L'influence de la température? 

Apparue aux premiers jours de l'épidémie, l'idée selon laquelle le Covid-19 pourrait ne pas résister aux fortes chaleurs a fait du chemin. 

Elle semble même prendre de l'épaisseur depuis que l’Académie de médecine a confirmé, dans une étude, des observations "selon lesquelles les climats chauds ont un effet réducteur sur la transmission de SARS-CoV-2 et confortent l’hypothèse d’une influence saisonnière sur l’épidémiologie du Covid-19 dans les pays tempérés", révèle Le Parisien. 

C'est "ce qu'on appelle le frein estival sur les maladies respiratoires, qui est possiblement en jeu en ce moment. Parce que quel que soit le type de déconfinement, on ne voit pas aujourd'hui de rebond", expliquait plus tôt dans la semaine, à l'antenne de BFMTV, Antoine Flahault, ancien directeur de l'ENSP (Ecole nationale de la santé publique).

Pour autant, cette possibilité ne doit pas être prise pour acquise.

"Il faut impérativement maintenir les gestes barrière. Si toute la population française reprenait une vie normale, il est très probable que l’épidémie repartirait", estime, dans les colonnes du Parisien, le docteur Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité infection respiratoire de Santé publique France
Hugo Septier