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Cancer du sein: faut-il imposer une limite d'âge à la mammographie?

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme en France.

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme en France. - iStock

En comparant de nombreux résultats de mammographie, des chercheurs américains ont constaté qu'il n'y avait pas d'âge limite clair pour arrêter le dépistage du cancer du sein. Les résultats relancent le débat sur la mise en place d'un dépistage fondé davantage sur les patientes et leur état de santé propre.

C'est une question qui revient souvent lorsqu'on évoque le dépistage du cancer du sein. Faut-il procéder à un dépistage généralisé, comme c'est le cas en France, ou privilégier un dépistage individuel et établir des recommandations en fonction du cas de chaque patiente?

Après une très large étude menée sur le sujet, des chercheurs de l'Université de Californie se prononcent pour la deuxième solution, estimant qu'il n'est pas possible d'établir une limite d'âge claire pour arrêter le dépistage du cancer du sein et donc les mammographies, l'examen de référence. Les chercheurs précisent qu'aux Etats-Unis, les lignes directrices concernant l'âge adéquat pour arrêter le dépistage ont été source de controverses ces dernières années.

C'est au final the United States Preventive Services Task Force (USPSTF) qui a établi en 2009 qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves pour évaluer le bénéfice-risque de la mammographie chez les femmes de 75 ans et plus. En France, une mammographie tous les deux ans, complétée si nécessaire par une échographie, est recommandée pour les femmes entre 50 et 74 ans dans le cadre du programme de dépistage organisé, indique l'Institut national du cancer (Inca).

Les plus de 75 ans exclues des études

En utilisant la base de données nationale sur la mammographie, les chercheurs ont analysé les données de plus de 5,6 millions de mammographies de dépistage effectuées sur une période de sept ans, dans 150 établissements répartis dans 31 Etats américains. Les données de plus de 2,5 millions de femmes âgées de plus de 40 ans ont été triées selon l'âge, par intervalles de cinq ans (40-44, 45-49, etc.).

"Tous les essais randomisés et contrôlés précédents ont exclu les femmes de plus de 75 ans, limitant les données disponibles aux petites études d'observation", indique Cindy S. Lee, principal auteur de l'étude.

Quatre mesures ont été prises en compte pour évaluer la performance de la mammographie pour chaque groupe d'âge: taux de détection du cancer, taux de rappel (pourcentage de patients rappelés pour les tests de suivi après un examen de dépistage), la valeur prédictive positive pour la biopsie recommandée (PPV2) et pour la biopsie (PPV3). La valeur prédictive positive reflète le pourcentage de cancer trouvé parmi les examens pour lesquels la biopsie a été recommandée ou réalisée.

Aucune preuve pour établir un âge clair

La performance de dépistage idéale se manifeste par un taux de cancer, de PPV2 et de PPV3 élevé et un taux de rappel faible. Les chercheurs ont trouvé un taux moyen de détection de cancer de 3,74 pour 1.000 patientes, un taux de rappel de 10%, de PPV2 de 20% et de PPV3 de 29%. En fonction de l'âge entre 40 ans et 90 ans, ces indicateurs de performance ont montré une tendance à la hausse progressive du taux de détection du cancer, de PPV2 et de PPV3 mais une tendance à la baisse du taux de rappel.

"La poursuite de l'augmentation du taux de détection de cancer et des valeurs prédictives positives chez les 75 ans-90 ans ne fournit pas de preuves d'un âge clair pour arrêter le dépistage du cancer du sein", souligne le docteur Lee.

Ces conclusions amènent les chercheurs à penser qu'elles appuient l'argument selon lequel la décision d'arrêter ou non le dépistage doit bien se faire en fonction des antécédents personnels de santé et des préférences de la patiente. Sachant qu'il existe toujours une controverse quant à l'âge auquel il faut arrêter de se faire dépister, ces derniers souhaitent combler cette lacune en matière de connaissances en utilisant une vaste base de données nationale.

En France, l'Inca préconise qu'après l'âge de 74 ans, la poursuite du dépistage devra faire l'objet d'une discussion avec le médecin. C'est plus largement l'intérêt du dépistage généralisé du cancer du sein qui fait débat car de plus en plus d'experts "mentionnent désormais la polémique sur sa pertinence", précise un rapport publié en 2016 par les membres du comité d’orientation de la concertation citoyenne et scientifique sur le dépistage du cancer du sein.

En cause notamment, un rapport bénéfices-risques contestable et l'absence de choix éclairé pour les femmes. C'est pourquoi ce rapport conclut "que l’état des connaissances sur le sujet doivent faire l’objet d’une information claire, précise et complète".
Alexandra Bresson