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Cancer du sein et travail de nuit: des chercheurs écartent le risque

Les horaires de travail atypiques, notamment le travail de nuit, ont des conséquences sur le rythme biologique naturel de l'organisme, alors plus vulnérables aux affections.

Les horaires de travail atypiques, notamment le travail de nuit, ont des conséquences sur le rythme biologique naturel de l'organisme, alors plus vulnérables aux affections. - iStock - Jovanmandic

Alors que beaucoup d'études ont pointé le risque cancérogène du travail de nuit chez les femmes, des chercheurs de l'université d'Oxford se veulent rassurants et estiment que s'il y a bien une incidence plus élevée, cette dernière est vraiment minime.

Parmi les facteurs favorisant l'apparition du cancer du sein (tabac, alcool, génétique, perturbateurs endocriniens, il y en a un qui revient moins souvent: le travail de nuit. En 2010, ce dernier a été classé "cancérogène probable" par le CIRC*. Il entraînerait des perturbations hormonales qui pourraient favoriser l’apparition de cancers.

En cause, une modification du rythme circadien, "le rythme biologique à l’origine de la sécrétion d’une hormone, la mélatonine, qui favoriserait l’augmentation de la synthèse d’œstrogènes", précise l'Association Cancer et Environnement. En 2012, l'Inserm** s'est lui aussi penché sur la question.

"Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer les associations observées entre le travail de nuit et le cancer du sein: l’exposition à la lumière durant la nuit qui supprime le pic nocturne de mélatonine et ses effets anti-cancérigènes, la perturbation du fonctionnement des gènes de l’horloge biologique qui contrôlent la prolifération cellulaire ou encore les troubles du sommeil pouvant affaiblir le système immunitaire", explique-t-il.

Une question qui fait débat

Les chercheurs avaient examiné ce lien dans une grande étude de population effectuée en France entre 2005 et 2008. Ces derniers avaient passé à la loupe le parcours professionnel de 3000 femmes. Au total, plus de 11% des femmes avaient travaillé de nuit à un moment quelconque de leur carrière. Le risque de cancer du sein était augmenté d’environ 30% chez les femmes ayant travaillé de nuit par rapport aux autres femmes.

Cette augmentation du risque était particulièrement marquée chez les femmes ayant travaillé de nuit pendant plus de 4 ans, ou chez celles dont le rythme de travail était de moins de 3 nuits par semaine, impliquant des décalages de phase plus fréquents entre le rythme de jour et le rythme de nuit. Mais des chercheurs de l'université d'Oxford apportent une conclusion contraire dans leur récente étude.

Basée sur les résultats de trois grandes autres études menées sur le sujet au Royaume-Uni, cette dernière regroupe les données de 800 000 femmes, dont des réponses à un questionnaire sur l'impact d'un travail en horaires décalés si c'est le cas, et des cas de cancer du sein. Les résultats révèlent qu'aucune augmentation du risque de cancer du sein associé au travail de nuit, y compris sur le long terme, n'a été trouvé dans l'une de ces études.

Des risques plus importants que le cancer du sein

Les chercheurs ont ensuite combiné les résultats de ces trois études avec sept autres études menées sur le même sujet (deux aux Etats-Unis, deux en Chine, deux en Suède et une aux Pays-Bas). Ces travaux comprenaient un total de 1,4 million de femmes, dont 4660 ont été victimes d'un cancer du sein alors qu'elles travaillaient de nuit. Là encore, les scientifiques n'ont constaté aucun risque supplémentaire.

L'incidence était en réalité essentiellement la même entre les femmes qui n'ont jamais travaillé de nuit et celles qui l'ont fait brièvement ou pendant plusieurs années. Plus précisément, les résultats combinés ont montré qu'en comparaison des femmes qui n'ont jamais travaillé de nuit, celles qui l'ont fait brièvement avaient un risque plus élevé de cancer du sein de 0,99%, puis de 1,01% pour celles qui l'ont fait pendant au moins 20 ans et de 1% pour celles dont la période dépassait les 30 ans.

"L'étude montre que le travail de nuit, y compris sur le long terme, a peu ou pas d'effet sur l'incidence du cancer du sein. Cependant, le travail en horaires décalés a d'autres risques que les employeurs doivent prendre en compte pour protéger la santé de leurs employés", concluent les chercheurs.

Les personnes qui travaillent en horaires décalés sont en effet plus susceptibles d'adopter un comportement alimentaire moins sain, ce qui favorise sur le long terme l'obésité, ou de manquer de sommeil.

*Centre international de recherche sur le cancer  **Institut national de la santé et de la recherche médicale 

Alexandra Bresson