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Infirmières et coiffeuses davantage en proie au cancer du sein

Les produits chimiques respirées par les travailleuses de la beauté comme les coiffeuses et les esthéticiennes augmentent la probabilité de développer un cancer du sein.

Les produits chimiques respirées par les travailleuses de la beauté comme les coiffeuses et les esthéticiennes augmentent la probabilité de développer un cancer du sein. - polishordie - CC - Flickr

Selon une étude, les travailleuses de nuit et exposées aux produits chimiques sont davantage susceptibles de développer une tumeur mammaire maligne.

Le cancer du sein est celui qui tue le plus les femmes. Antécédents familiaux, grossesses tardives, traitements hormonaux, notamment pendant la ménopause… Ces facteurs sont ceux qui sont les plus mis en avant alors qu'ils n'expliquent qu'une minorité de cas.

"Il existe moins d'études scientifiques sur les causes liées au travail du cancer du sein. Les professions très féminisées comme les coiffeuses, esthéticiennes ou personnels de nettoyage sont laissées dans l'angle mort de la recherche", regrette Laurent Vogel, directeur du département santé et sécurité de l'Institut syndical européen, qui a organisé un colloque sur le sujet.

L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) s'est tout de même penché sur les causes professionnelles dans une étude datant de 2005: parmi elles, l'exposition à des produits chimiques dans le textile ou la fabrication de plastiques ainsi que le travail de nuit, -fréquent dans les secteurs féminisés comme la santé, la restauration ou les transports-, du fait des dérèglements hormonaux liés à une horloge biologique contrariée.

Cinq fois plus de risques pour les coiffeuses

Puis il a fallu attendre 2013 et que l'Institut national de veille sanitaire (INVS) se penche sur les cancers du sein apparus chez les hommes et les femmes pour pointer du doigt des solvants pétroliers et chlorés, le benzène et le trichloréthylène, maniés par les personnels du nettoyage, de la coiffure ou de l'esthétique. Encore une fois, les professionnels sont majoritairement des femmes. Ce sont aussi des secteurs "qui bénéficient moins de mesures de prévention que dans l'industrie", estime Natacha Fouquet, épidémiologiste spécialisée en TMS à Santé publique France.

D'ailleurs, les coiffeuses et esthéticiennes américaines auraient cinq fois plus de risques de développer un cancer du sein; les travailleuses du nettoyage à sec et de la blanchisserie, 4,5 fois plus de chances, selon un rapport publié en août 2015 par le fonds du cancer du sein aux Etats-Unis. Les solvants, pesticides, perturbateurs endocriniens et rayonnements ionisants, -c'est à dire liés aux substances radioactives- sont aussi mis en cause.

Avec le peu de données scientifiques consolidées, pour les femmes, c'est encore plus un parcours du combattant de faire reconnaître la cause professionnelle de leur cancer. Moins de 2000 sont admis comme maladies professionnelles en France chaque année,-la plupart liés à l'amiante-, ce qui représente seulement 0,4% des apparitions de tumeurs malignes annuelles. 4 à 8,5% des nouveaux cas de cancers seraient pourtant causés par le travail, assure le groupement d'intérêt scientifique sur les cancers d'origine professionnelle (Giscop 93). Bien souvent, les victimes succombent de la maladie avant qu'elle n'ait été reconnue comme professionnelle.

Rozenn Le Saint