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Audition: les Français malentendants sont nombreux à ne pas s'appareiller

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Un récent sondage montre que les Français malentendants sont nombreux à se priver d’un appareil auditif en raison du prix prohibitif et d'un manque d'informations sur un trouble de l'audition peu connu: la presbyacousie. Il s'agit pourtant d'un enjeu de santé publique lié au vieillissement de la population.

La presbyacousie est un trouble auditif correspondant à une baisse progressive de l’audition liée au processus naturel de vieillissement. Elle peut intervenir dès la soixantaine et représente la 1ère cause des surdités de perception, qui sont les surdités les plus fréquentes. Or, il est reconnu que la santé auditive est un élément clé de bonne santé tout au long de la vie, et plus particulièrement au grand âge.

Un récent sondage OpinionWay pour l'entreprise Sonalto montre que 8 Français sur 10 âgés de 45 ans et plus déclarent avoir globalement une bonne audition (35% "très bonne" et 46% "correcte"), qui se traduit par le fait de n'éprouver absolument aucune gêne et d'entendre suffisamment bien. Mais surtout, le sondage montre que parmi les 2 Français sur 10 qui déclarent avoir une audition moyenne ou mauvaise, seuls 14% d'entre eux portent une ou deux prothèses auditives.

Pourquoi sont-ils si nombreux à ne pas s'équiper? Pour 92% des sondés, le prix représente le premier frein. Aujourd’hui en France, il est nécessaire de s’acquitter d’une facture de 1550 euros par oreille pour pouvoir se munir de prothèses auditives, avec un reste à charge d’environ 1100 euros, soit plus de 2200 euros pour un appareillage bilatéral. Ainsi, 97% répondent qu'elles devraient en priorité être "moins chères" quand ils sont 15% à estimer qu’elles devraient être "plus discrètes."

Un dépistage trop tardif

Les réticences psychologiques apparaissent comme la deuxième raison expliquant le non appareillage des personnes malentendantes (pour 50% des sondés). "Les lunettes ne sont plus considérées comme un signe de vieillesse mais c'est encore le cas pour les prothèses auditives. Pour beaucoup, c'est un frein important qui justifie le fait de retarder leur utilisation. Enfin, certaines personnes estiment qu'elles ne sont pas justifiées car la perte auditive est légère.", explique à Santé Magazine Nadia Auzanneau d'OpinionWay.

Cette attitude n'est pas sans risque puisque la gêne provoquée par la presbyacousie croît au fil des jours pour devenir rapidement handicapante. Paradoxalement, les Français en sont conscients car 84% des sondés estiment que "la perte de l’audition est un enjeu de société largement sous-estimé". Mais ne faisant l’objet d’aucune campagne de sensibilisation, la presbyacousie est méconnue du grand public, plus accoutumé à voir des campagnes d’information concernant les troubles de la vision tels que le glaucome ou la DMLA.

Un déficit d’information qui joue qui plus est en la défaveur d’un dépistage et d’une prise en charge précoces puisque seuls 47% des Français ont déjà consulté un médecin ORL pour un problème d’audition, quand ils sont 98% à s’être rendus chez l’ophtalmologiste en cas de problème de vue. "Il est important que les personnes concernées sachent que les troubles de l'audition ont de véritables répercussions sur de nombreux aspects de leur vie: personnelle et professionnelle. Cela devrait les inciter à consulter plus rapidement.", ajoute Nadia Auzanneau.

L'alternative des assistants d'écoute"

Selon les projections de population de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), d’ici 2040, la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus progressera fortement et c’est environ un habitant sur quatre qui aura 65 ans ou plus. Outre les nombreuses autres conséquences médico-sociales, ce vieillissement de la population entraînera donc inévitablement une augmentation drastique de l’incidence de la presbyacousie dans la population.

La prise en charge de ce trouble auditif ne passe seulement par l'utilisation de prothèses auditives car elles ne constituent pas la seule alternative. Depuis août 2014, les pharmacies sont en effet autorisées à vendre des "assistants d'écoute", conçus pour répondre aux gênes auditives légères à modérées, avec un prix ne dépassant par les 300 euros. La délivrance de ce dispositif médical est assurée par des pharmaciens formés et certains audioprothésistes ont également décidé de les commercialiser.

Alexandra Bresson