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Anesthésiste soupçonné d'empoisonnements: qu'est-ce que le syndrome du "pompier pyromane"?

Les personnes atteintes de ce syndrome cherchent souvent à apparaître en héros. Dans le cas de l'anesthésiste de Besançon, les enquêteurs pensent qu'il empoisonnait les patients pour pouvoir ensuite exercer ses talents de réanimateur.

L'anesthésiste Frédéric Péchier, déjà mis en examen pour l'empoisonnement présumé de sept patients, est soupçonné d'avoir empoisonné des dizaines d'autres personnes, dont plusieurs sont mortes. Il a été déféré jeudi au parquet à l'issue de sa garde à vue

Dans son cas, les enquêteurs privilégient la thèse du "pompier pyromane". Médecin, censé soigner les patients, il les aurait volontairement empoisonnés afin de pouvoir les sauver par la suite, et apparaître comme un héros en exerçant ses talents de réanimateur. Le médecin accusé nie complètement ce scénario, et assure n'avoir jamais empoisonné quiconque.

"Cette tendance à se prendre pour Dieu"

"L'idée serait qu'il provoquait des incidents sur des opérations qui n'étaient pas les siennes, pour pouvoir être systématiquement appelé en secours et procéder aux réanimations", a expliqué sur BFMTV Maître Frédéric Berna, avocat des parties civiles dans cette affaire. "C'est quelqu'un qui, à un moment, compte tenu de son activité professionnelle, avait cette tendance peut-être à se prendre pour Dieu".

Le syndrome du pompier pyromane provient, à la base, d'un phénomène décelé chez certains pompiers qui déclenchent eux-mêmes des feux pour ensuite pouvoir les éteindre. Un rapport du Conseil national américain des pompiers volontaires sur ce sujet explique qu'une partie des pompiers touchés par ce phénomène sont "vaniteux" ou ont un "complexe du héros". 

"Ces pompiers orgueilleux mettent apparemment le feu pour pouvoir avertir les autres, potentiellement sauver des personnes piégées ou même simplement pour montrer à quel point ils sont alertes et utiles", dit le rapport.

"Apparaître comme un héros qui va sauver"

Le profil décrit par les enquêteurs dans l'affaire des empoisonnements de Besançon, correspond selon le criminologue Stéphane Bourgoin, sur BFMTV, "à un certain nombre d'infirmiers, d'infirmières ou de médecins dans des hôpitaux, que j'ai pu interroger, notamment Donald Harvey".

Cet aide-soignant américain a tué des dizaines de ses patients dans les années 1970 et 1980, dans des hôpitaux de l'Ohio et du Kentucky. "Lors d'un entretien, il m'avoue 87 meurtres", raconte Stéphane Bourgoin.

Pour lui, ce cas de pompier pyromane est "aussi ce qu'on appelle le syndrome de Münchhausen par procuration. C'est à dire qu'on va volontairement décider d'injecter ou d'empoisonner quelqu'un pour apparaître par la suite comme un héros qui va sauver".

"Une frustration chez ces personnes"

Le criminologue explique qu'on retrouve ce dernier syndrome chez les mères infanticides, qui cherchent à attirer l'attention et la compassion à travers la maladie ou les blessures de leur enfant.

Cette façon d'agir traduit "une frustration chez ces personnes", explique Stéphane Bourgoin, "le désir de toute puissance, de devenir l'égal de Dieu. Comme l'a dit Donald Harvey: 'lorsque je tuais mes patients, pour la première fois de mon existence je n'étais plus une victime, c'est moi qui décidais, je devenais l'égal de Dieu' ".
Salomé Vincendon