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Alcov2, ce projet qui se sert des maths pour modéliser la circulation du coronavirus dans les familles

Photo d'illustration

Photo d'illustration - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Une équipe de scientifiques français, dirigée par le mathématicien Amaury Lambert, a lancé le projet "Alcov2" visant à établir et modéliser les probabilités de contamination par le coronavirus au sein d'un même foyer ainsi que les modalités de sa circulation.

"Nous ne savons pas tout du virus", concédait encore lundi le Premier ministre devant le Sénat. Le coronavirus, qui a déjà tué plus de 25.000 Français et forcé la plupart des autres à se calfeutrer chez eux depuis deux mois, est toujours, à bien des égards, un illustre inconnu.

Cela fait maintenant cinq mois que la communauté scientifique internationale phosphore pour percer le mystère et affronter le mal dans des conditions optimales afin d'en triompher. Après avoir déjà mobilisé la médecine, la biologie ou encore l'épidémiologie, elle fait à présent vibrer une autre de ses cordes: car les mathématiques, eux aussi, espèrent nous aider à y voir plus clair. 

Deux nouveaux outils

Lundi soir sur son site, Le Parisien s'est fait ainsi l'écho d'une initiative conduite par le mathématicien Amaury Lambert, notamment affilié au Collège de France, et regroupant plusieurs de ses homologues, accompagnés de statisticiens, d'épidémiologistes, tous issus de la prestigieuse institution voulue par François Ier, de la Sorbonne ou du CNRS. Baptisé "Alcov2" (jeu de mots entre une "alcôve" et le SARS-CoV-2, soit le nouveau coronavirus) le projet vise à faire la lumière sur la circulation de la maladie au sein d'une même famille, comme Amaury Lambert l'a exposé au Parisien:

"Quelle probabilité ai-je de contaminer un membre de mon foyer? Combien vais-je en infecter? Quelle est la part d'asymptomatiques au domicile? C'est ce que nous voulons établir". 

L'équipe de savants tient en effet à établir, comme l'explique le site du Collège de France qui précise que le projet a été lancé le 27 avril dernier, le "processus stochastique" de la vie du virus dans un foyer, c'est-à-dire à en calculer les probabilités. "Alcov2" se propose d'ailleurs de fournir "deux nouveaux outils" à ses confrères et consœurs des sciences, comme le proclame leur profession de foi auprès de la vénérable institution sise au cœur du Quartier latin, détaillant:

"Un algorithme capable de calculer la probabilité d'avoir été malade du Covid-19 en fonction des symptômes ressentis et des facteurs de risque; une estimation fine des paramètres cruciaux de la transmission du virus, en particulier les variations du taux d'infection au cours du temps écoulé depuis l'infection et la fréquence des asymptomatiques."

Les Français sollicités

Mais ce projet bien sûr ne peut s'élaborer dans le vide: il doit se nourrir de l'expérience concrète des Français. Les experts se fonderont donc sur deux panels. Tout d'abord, ils s'appuieront sur un échantillon représentatif et pléthorique de 10.000 foyers grâce au groupe Bilendi et à l'institut BVA, mais surtout, ils en appellent à toutes les familles dont l'un des membres a exhibé au moins l'un des symptômes associés au coronavirus (comme la toux, la fièvre, la fatigue, la perte de l'odorat) depuis la mi-février.

Ils leur suggèrent de se rendre à cette adresse pour y répondre à un questionnaire en ligne. Là, le répondant renseignera notamment le nombre de personnes vivant sous son toit, ses caractéristiques physiques propres, mais aussi décrira les contaminations éventuelles dans le logement. Facteurs et objets de curiosité sont nombreux.

"Il y a beaucoup de paramètres à regarder. Par exemple, les gardes alternées: augmentent-elles le risque de transmission ou le diminuent-elles car l'enfant reste moins longtemps dans chaque domicile?" a par exemple noté Amaury Lambert auprès du quotidien francilien. 
Robin Verner