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Absences, pertes de mémoire, brouillard cérébral: les symptômes neurologiques du Covid

Un centre de dépistage du Covid-19 à Charleville-Mezières, dans les Ardennes, le 14 décembre 2020 (photo d'illustration)

Un centre de dépistage du Covid-19 à Charleville-Mezières, dans les Ardennes, le 14 décembre 2020 (photo d'illustration) - FRANCOIS NASCIMBENI © 2019 AFP

Ces personnes contaminées par la Covid-19 qui assurent présenter des troubles neurologiques évoquent toutes la même chose: des symptômes qui reviennent par vague et l'impression de ne plus être soi.

Brouillard cérébral, sensation d'être drogué, pertes de mémoire ou tremblements et goût étrange dans la bouche: certains patients et patientes témoignent de symptômes neurologiques plusieurs semaines, voire plusieurs mois après avoir contracté la Covid-19. Cinq d'entre elles témoignent pour BFMTV.com et racontent leur quotidien bouleversé.

"Je ne trouve plus mes mots"

Madeleine (qui a souhaité que son prénom soit modifié), 53 ans, a attrapé le virus début décembre sur son lieu de travail - elle est aide-soignante dans un hôpital de la Sarthe. Si les premiers jours, les symptômes ont été plutôt classiques (frissons, courbatures, fièvre, maux de tête, perte du goût et de l'odorat) d'autres moins communs sont apparus.

"J'ai des tremblements involontaires et des picotements dans les mains et les pieds", raconte la quinquagénaire à BFMTV.com.

Mais elle a surtout d'importantes pertes de mémoire. "Je ne trouve plus mes mots. Parfois, ça peut me prendre jusqu'à trente minutes. Je réfléchis, je réfléchis, je sais ce qu'il faut dire mais je n'y arrive pas." Madeleine est aussi extrêmement fatiguée et essoufflée au point que le moindre effort du quotidien - prendre sa douche - lui paraît insurmontable.

Elle qui avait l'habitude de marcher quotidiennement 6km dans les bois aux alentours de son domicile ne sort plus de chez elle. Un état général altéré qui lui donne l'impression de ne plus maîtriser son corps. "Je ne trouve plus le sommeil alors que j'étais une marmotte. Je me sens perdue, c'est comme s'il me manquait quelque chose en moi."

"La sensation d'être droguée"

Cette impression de ne plus être elle-même, Stéphanie*, 52 ans, la partage également. Cette agente de service dans un hôpital du Gard a elle aussi été contaminée sur son lieu de travail à la fin du mois de mars 2020. Après quinze jours d'une fatigue "anesthésiante", se souvient-elle pour BFMTV.com, des symptômes neurologiques sont progressivement apparus. Et persistent depuis.

"Je suis dans un brouillard cérébral. Comme la sensation d'être droguée. Tous les gestes de la vie courante ne me sont plus naturels. Il faut que je réfléchisse pour tout."

Elle assure ne plus pourvoir gérer le quotidien seule. "La dernière fois, j'étais partie faire des courses en train car je ne m'étais pas sentie capable de prendre la voiture. J'ai dû appeler mon mari pour qu'il vienne me chercher, j'étais comme un zombie à la gare alors que ce trajet, je l'ai fait des dizaines et des dizaines de fois."

Ce que cette jeune grand-mère vit le plus mal: ne plus être en mesure de s'occuper de son petit-fils de 17 mois car elle souffre de lésions pulmonaires. "Je ne peux même plus lui donner le bain ou lui chanter des comptines, j'ai la tête qui tourne, poursuit-elle. Alors que pourtant, j'ai travaillé en crèche et je m'occupais de sept enfants en même temps. Là, un seul, je n'y arrive pas."

Stéphanie tient dans un petit carnet un journal de ses symptômes. "J'ai eu des quintes de toux pendant plusieurs jours, puis ça passe. Un mois de migraine et ça s'arrête. C'est par vagues. C'est comme un calendrier de l'Avent: tous les jours on se demande ce qui va nous tomber dessus." Son neurologue l'a prévenue: il n'est pas certain que ses symptômes disparaissent et il faudra peut-être qu'elle apprenne à vivre avec. Mais ce qu'elle vit le plus mal, c'est le regard des autres.

"Il y a des gens qui m'ont dit: 'Bouge-toi' ou 'ça te fera du bien de travailler' et se demandent pourquoi je n'ai pas repris le travail. J'ai essayé: j'ai tenu trois jours et je me suis écroulée. Ma belle-mère pense que j'en rajoute, que je fais traîner pour rester chez moi. Mais si je reste enfermée, ce n'est pas par plaisir."

"Incapable de me concentrer"

Valentine (qui a souhaité que son prénom soit modifié), 43 ans, témoigne elle aussi d'un certain mépris, notamment de la part du corps médical. "Mon généraliste m'a dit qu'il ne pouvait pas attester mes symptômes, confie-t-elle à BFMTV.com. Le neurologue que j'ai vu était beaucoup plus compatissant mais il m'a dit qu'il ne connaissait pas assez bien le Covid long." Elle attend avec impatience son rendez-vous en infectiologie prévu à l'hôpital de Saint-Étienne début février. "Ça fera dix mois que je suis malade."

Cette professeure de sciences de la vie et de la terre qui préparait l'agrégation n'a eu aucun des symptômes habituels quand la maladie s'est déclarée fin mars 2020. "Juste une sensibilité bizarre, une sorte de gêne au niveau de la langue." Puis des maux de tête, des vertiges, les jambes qui flanchent et les mois suivants, des problèmes cognitifs se sont ajoutés.

"Un jour, je ne savais plus comment allumer mon téléphone. Un autre, j'étais incapable de me concentrer pour prendre un rendez-vous médical par téléphone, je ne parvenais pas à comprendre les horaires. Au bout du cinquième appel, j'ai laissé tomber."

Des hallucinations sonores et visuelles

En septembre, après une embellie estivale, elle se croit en voie de guérison et reprend le sport. "Je pensais que bouger me ferait du bien." Valentine se remet à la natation qu'elle pratiquait plusieurs fois par semaine et retourne à la salle de sport. Mais rapidement, son état se dégrade. Parmi les nouveaux symptômes: des hallucinations sonores.

"J'entendais une sorte de refrain répétitif grésillant, même quand le contact de la voiture était coupé, ou des sortes de cliquetis informatiques quand il n'y avait pourtant pas de bruit. J'ai aussi entendu de la musique venant de chez ma voisine alors qu'il n'y avait personne. Et quand je changeais de position, j'entendais des bruits d'oiseau."

Sa fille aînée de 13 ans, pianiste et elle aussi contaminée par la Covid, lui fait part de symptômes similaires: des sons répétitifs inhabituels lorsque des appareils électriques sont en fonctionnement. Par la suite, l'adolescente va perdre son audition avant qu'elle ne revienne partiellement, accompagnée d'acouphènes.

En plus de ces troubles auditifs, Valentine témoigne de troubles visuels. "À certains moments, quand je suis sur mon téléphone, l'écran se couvre de taches noires grandissantes." Ses deux filles lui ont aussi fait part de taches colorées dans leur champ visuel. Pour la plus petite, âgée de 8 ans, elles n'ont pas encore disparu.

"Je me rends compte qu'elle a aussi une mauvaise vision des couleurs, elle me dit que les pâtes sont fluos ou indique de mauvaises couleurs pour ses vêtements. Et j'ai l'impression qu'elle voit flou. Il arrive qu'elle se cogne dans des choses qu'elle n'avait pas vues."

Un goût métallique dans la bouche

Sabrina (qui a souhaité que son prénom soit modifié), 40 ans, vétérinaire dans le Vaucluse, a elle aussi été contaminée en mars 2020. Les huit tests PCR qu'elle a effectués, notamment au cours de l'une de ses trois hospitalisations, se sont tous avérés négatifs. Mais sa sérologie (la recherche d'anticorps du SARS-CoV-2) a bien confirmé qu'elle avait été exposée à la Covid.

"À l'hôpital, une ponction du liquide céphalo-rachidien a permis de découvrir que j'avais la maladie de Lyme, détaille-t-elle pour BFMTV.com. Les médecins ont tout mis là-dessus."

Car très vite après avoir été contaminée, la jeune femme va mal. Ses symptômes sont inquiétants: de violentes crises de tachycardie - 140 en au repos et allongée - une saturation en oxygène qui baisse et une paralysie de la partie gauche de son corps. "En fait, la Covid a joué comme un exhausteur de Lyme."

Après une accalmie cet été, de nouveaux symptômes apparaissent à l'automne. "Je souffrais d'hyperacousie, de photophobie et j'avais systématiquement un goût métallique dans la bouche. À chaque crise, qui correspondait à des poussées inflammatoires, tous les symptômes revenaient." En plus de la fatigue, de la perte de poids, des malaises à répétition, de la perte de cheveux et des douleurs - des migraines à la mâchoire en passant par le dos - Sabrina assure avoir des difficultés à se concentrer, voire se trouver parfois dans un état de confusion.

"Je me suis trompée sur la date d'anniversaire de mon fils, j'ai confondu l'eau chaude et l'eau froide, je suis incapable de passer les vitesses sur mon vélo alors que normalement, je suis un peu plus câblée que ça. On me dit que c'est dans ma tête. Pourtant, parfois j'ai l'impression d'avoir 80 ans."

"Je n'ai plus la maîtrise de mon corps"

Mélissa*, une habitante du Pas-de-Calais âgée de 34 ans, dresse elle aussi la liste de ses symptômes récurrents: fatigue, hypotension, essoufflement ainsi qu'un continuel arrière-goût "de chlore ou de javel" dans la bouche. Depuis sa contamination début mars, elle a connu plusieurs rechutes. Mais le plus difficile à vivre pour cette jeune femme qui travaille dans la communication, c'est le brouillard cérébral dont elle témoigne pour BFMTV.com. Elle aussi évoque la sensation d'être "droguée".

"J'oublie tous mes codes, je suis là sans être là. J'ai déjà passé la marche arrière au lieu de la première au volant. Je n'ai plus la maîtrise de mon corps. Plus rien n'est naturel."

De sa propre initiative, la jeune femme a demandé une évaluation psychiatrique, son médecin généraliste voulant lui prescrire des antidépresseurs. Le psychiatre a exclu toute somatisation, dépression ou stress post-traumatique. Mélissa regrette l'absence de prise en charge pluridisciplinaire et s'estime livrée à son sort.

"J'ai vu un pneumologue, un cardiologue, un ORL qui m'a demandé quel était le rapport entre mes vertiges et le fait d'avoir eu la Covid. J'ai l'impression de devoir systématiquement me justifier et de ne pas être écoutée. Ça fait dix mois que je suis malade et j'en suis encore à attendre pour avoir des rendez-vous avec un spécialiste. Aujourd'hui, tout ce qu'on me propose, ce sont des séances de kiné. Au vu du panel de symptômes, c'est un peu léger. Avec en plus des difficultés financières, c'est la triple peine."

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https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV