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A Toulouse, une start-up utilise de la peau humaine pour éviter les tests sur animaux

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- - iStock - anyaivanova

La société française de biotechnologie Genoskin est spécialisée depuis plusieurs années dans le recyclage d'excès de peau humaine à destination des laboratoires. Elle vient de franchir un cap en ouvrant un centre de production à Boston.

Souris, rats, hamsters, lapins, chats, chiens... 2,2 millions d’animaux sont utilisés chaque année en France dans le cadre d’expérimentations médicales, selon l'association Peta. Comme l'explique l'Inserm, un décret national (n° 2013-118) stipule que ces procédures expérimentales sont licites si elles "revêtent un caractère de stricte nécessité et ne peuvent pas être remplacées par d'autres méthodes expérimentales n'impliquant pas l'utilisation d'animaux vivants susceptibles d'apporter le même niveau d'information".

Et si une alternative viable était à la portée de tous les laboratoires? C'est ce que semble annoncer la société française Genoskin, installée à Toulouse et créée en 2011. La société de biotechnologie vient en effet d'annoncer qu'elle est autorisée à ouvrir un bureau et une unité de production à Boston, aux Etats-Unis, au début de l'année prochaine. Genoskin fournit des modèles de peau humaine vivante pour tester des produits chimiques, pharmaceutiques et cosmétiques, afin d'éviter les expériences sur les animaux.

Cette peau est offerte par des patients après des procédures courantes de chirurgie plastique comme les abdominoplasties, la chirurgie esthétique du ventre. A la fin de ce type d'opérations, tout excès de peau est généralement éliminé par l'hôpital, mais Genoskin propose de les "recycler" grâce à une technique qu'elle a brevetée. La peau récupérée est placée dans un système de culture qui contient une matrice spéciale pour la garder "en vie" pendant plusieurs jours.

Quels avantages pour les laboratoires?

Contrairement à la peau des animaux, à de la peau imprimée en 3D ou cultivée dans des laboratoires, ce nouveau modèle de peau est donc bien "vivant". Il permet ainsi aux chercheurs d'étudier la toxicité et l'efficacité de médicaments et d'autres composés comme sur une véritable peau humaine. "Les tests sur les animaux sont inefficaces, longs, coûteux et de plus en plus perçus comme anti-éthiques. Nous croyons que notre technologie marque un tournant", déclare Pascal Descargues, fondateur et PDG de Genoskin.

Ce dernier ajoute: "Non seulement nos modèles répondent à toutes ces questions, mais ils permettent aussi d'éliminer les problèmes majeurs de toxicité qui se posent en raison des différences entre les tissus animaux et humains. Ils aident les établissements universitaires, pharmaceutiques, cosmétiques et chimiques à obtenir des résultats plus prédictifs afin de réduire les coûts."

En effet, les tissus animaux étant différents du tissu humain à plusieurs égards, la grande majorité des médicaments validés chez les animaux au cours d'études précliniques n'atteindront jamais le marché, principalement en raison de problèmes de toxicité et d'efficacité chez les humains. Sans compter que le sujet des tests sur les animaux est devenu de plus en plus controversé, au point que certains établissements souhaitent une alternative à cette pratique, déjà dans le domaine des cosmétiques.

Moins d'exportations donc moins de contrôles

Selon les chiffres de la société, le marché mondial des essais de toxicologie in vitro devrait atteindre 27,4 milliards de dollars (24,4 milliards d'euros) d'ici à 2021, soit une croissance de 14% par rapport à 2016. "Le marché américain est d'une importance capitale pour nous", ajoute Pascal Descargues. "Les ventes américaines ont représenté 30% du chiffre d'affaires de la société en 2016. Nous sommes ravis de pouvoir mettre en place une nouvelle unité de production aux États-Unis en 2018."

Jusqu'ici, la société exportait ses produits vers les Etats-Unis et se trouvait soumise aux procédures de douanes. Mais surtout aux contrôles de la Food and Drug Administration (FDA), l'agence sanitaire américaine, qui s'appliquent lors de l'introduction d'échantillons de peau humaine aux États-Unis, et de la United States Department of Agriculture, (USDA), le département de l'Agriculture.

"L'unité de production locale permettra aux clients américains de profiter pleinement de la durée de vie et des avantages du produit", avance Genoskin. La start-up française ne va pas se contenter de produire et vendre ses modèles de peau sur le sol américain: elle vient de lancer une campagne de collecte de fonds et se dit ouverte à toutes collaborations industrielles, financières et universitaires pour "stimuler son expansion".

Alexandra Bresson