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Vote par anticipation: l'amendement du gouvernement rejeté par le Sénat

mzenSénat - Photo d'illustration

mzenSénat - Photo d'illustration - AFP

Seuls 23 sénateurs ont voté pour cet amendement qui prévoyait que des électeurs puissent demander à voter de manière anticipée sur des machines à voter pour la présidentielle de 2022.

Fin de partie au Sénat pour le vote par anticipation à la présidentielle de 2022: la chambre haute dominée par l'opposition de droite a rejeté jeudi très largement l'amendement polémique du gouvernement, défendu par Marlène Schiappa comme "un dispositif très innovant".

Cet amendement, présenté au dernier moment dans le cadre d'un projet de loi organique technique, a été retoqué par 321 voix contre et 23 pour (le groupe RDPI à majorité En Marche). Il prévoyait que les électeurs puissent demander à voter de manière anticipée sur des machines à voter, durant la semaine précédant le scrutin, dans des bureaux et à une date qui restaient à définir par décret. L'amendement a provoqué un tollé des oppositions.

Rejet en bloc de l'opposition

La ministre déléguée à la Citoyenneté a défendu un "dispositif pour simplifier et renforcer la participation". Sur la méthode, "votre étonnement et votre colère sont légitimes", a-t-elle affirmé à l'attention des sénateurs, réfutant toute volonté de "passage en force" et tout procès en "ringardise".

"Notre volonté c'était à la fois de répondre à l'engagement du programme du président de la République sur la numérisation et la modernisation de la démocratie, de répondre à la volonté d'un certain nombre de parlementaires de moderniser, numériser le vote", a-t-elle développé.

Avant le vote, le sénateur LR Philippe Bas a une nouvelle fois demandé "solennellement" le retrait de l'amendement qui, selon lui, fait "un procès d'intention" aux Français, en supposant qu'ils préfèreraient partir en week-end que d'aller voter.

"Quand on change les règles du jeu, il faut obtenir un consensus de l'ensemble de la classe politique, ce qui n'est pas le cas en l'espèce", a pour sa part souligné le rapporteur Stéphane Le Rudulier (LR).

"Tripatouillage"

Le centriste Philippe Bonnecarrère a quant à lui souhaité "éclairer un point de procédure" sur l'avenir de l'amendement. Après le vote négatif, "son rejet sera définitif", a-t-il assuré, invoquant "la jurisprudence du Conseil constitutionnel".

"Tripatouillage", "bricolage": les sénateurs de tous bords ont de nouveau critiqué la méthode et énuméré une série de questions pratiques: combien de machines à voter? qui va les payer? qui en sera responsable? quelle date pour le scrutin anticipé ? quid des législatives ?...

"Quelles sont les intentions réelles du gouvernement ?", a aussi feint de s'interroger Eric Kerrouche (PS), pour qui "l'intention, c'est un piège grossier pour le Sénat".

"Une stratégie réfléchie" pour la présidentielle

Pour Guy Benarroche (groupe écologiste), l'amendement n'est pas "une improvisation hasardeuse, mais s'inscrit dans une stratégie réfléchie du président de la République pour la présidentielle".

"Quand on change les règles du rugby", il y a des expérimentations, "on commence par les tournois juniors", a argumenté Jean-Claude Requier (RDSE à majorité radicale). "La présidentielle, c'est le top 14".

Seul le groupe RDPI a voté en faveur de l'amendement, Nadège Havet fustigeant les "suspicions, polémiques et avis radicaux".

H.G. avec AFP