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Vote de la loi sur le génocide arménien : réactions

Ce jeudi matin, devrait être votée à l’Assemblée Nationale la proposition de loi visant à pénaliser la négation des génocides, dont celui des Arméniens.

Ce jeudi matin, devrait être votée à l’Assemblée Nationale la proposition de loi visant à pénaliser la négation des génocides, dont celui des Arméniens. - -

Ce jeudi matin, devrait être votée à l’Assemblée Nationale la proposition de loi visant à pénaliser la négation des génocides, dont celui des Arméniens. Malgré les menaces de la Turquie contre la France. Réactions, dans les deux pays.

Aujourd'hui, la loi ne condamne que la contestation du génocide juif de la seconde Guerre Mondiale, la shoah. Mais la proposition de loi de la députée marseillaise UMP Valérie Boyer, cosignée par plus d'une quarantaine de députés de la majorité présidentielle, propose de sanctionner d'un an de prison et de 45.000 euros d'amende la contestation de tous les génocides reconnus par la loi. Celui des Arméniens, qui a fait 1,5 million de morts déportés et massacrés pendant la première Guerre Mondiale, sur l'actuel territoire turc, a été reconnu en 2001 par la France.
La Turquie a toujours refusé, elle, de parler de génocide.

« Mon père a vu son père décapité… »

Qu’en pensent les Français d’origine arménienne ? Réponse à Marseille dans le quartier de Saint-Jérôme où vit une importante communauté arménienne. La famille de Jean Garbis Artin, 84 ans, a été directement touchée par le génocide. Pourquoi cette loi lui tient autant à cœur ? « Le 24 juin 1915, mon père a vu la décapitation de son père et le départ de la déportation. Il est parti avec le restant de sa famille et arrivé tout seul à Bagdad, 680 km à travers tout le désert de Mésopotamie ; tous disparaissant l’un après l’autre… Il a fallu qu’il urine pour donner à boire à sa sœur, qui est morte un jour après. Je veux qu’une fois pour toutes on leur donne une sépulture morale et que plus personne n’ait le droit de contester ce qui s’est passé ».

Une initiative électoraliste ?

Certains politiques, à gauche comme à droite, dénoncent une initiative électoraliste destinée à se mettre les 500 000 Arméniens de France dans la poche avant les élections. « Peu importe », estime Jacques Ouloussian, qui préside l’association de mémoire arménienne Aram : « L’essentiel c’est qu’ils disent la vérité. Quand les gens votent, dans l’isoloir, ils le font en fonction de leur conscience. Mais je saluerai un gouvernement qui a pris cette disposition malgré les assauts de la Turquie et tout ce qu’ils ont déployé ».

« Pour les Turcs, c’est presque comme un acte de guerre »

En Turquie, six directeurs de prestigieux lycées francophones appellent, dans une lettre ouverte, les députés et sénateurs français à voter contre cette loi. Ils craignent des retombées diplomatiques, économiques et culturelles, "irréparables". Parmi eux, Jacques Augereau, directeur du lycée Saint-Michel d'Istanbul : « Pour les Turcs, c’est presque comme un acte de guerre. On voit ici combien le pays entier est en émoi, la presse s’est déchaînée contre la France, nos anciens élèves, nos parents d’élèves, tous nos interlocuteurs, ne comprennent pas. Les Turcs sont vraiment profondément blessés, ils se sentent agressés. Les gens commencent à regarder d’autres destinations pour leurs prochaines vacances, commencent à vouloir ne plus aller dans des enseignes qui suggèrent la France, comme Carrefour et compagnie. Immédiatement, le réflexe des Turcs c’est : n’allons pas vers les Français ».

La Rédaction, avec Lionel Dian et Alexandre Comte