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Valls joue déjà son va-tout… mais on ne sait pas tout

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25.

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Manuel Valls a présenté hier son plan d’économies de 50 milliards sur trois ans. Le parti-pris d'Hervé Gattegno : Valls joue déjà son va-tout… mais on ne sait pas tout.

Manuel Valls l’a dit : la France est à un moment de vérité. François Hollande et lui aussi. Il s’agit de mettre en œuvre une politique qui n’est pas celle que François Hollande a promise en 2012 mais qui est censée remettre le pays d’aplomb d’ici à 2017 – en restaurant la compétitivité, baissant les déficits et préservant le modèle social.

Sur le papier, c’est une politique ambitieuse mais équilibrée. Incarnée par Manuel Valls, c’est la vigueur au service de la rigueur. Seulement il reste à détailler ce plan, à le faire voter au Parlement et à ce qu’il produise des conséquences (sur l’emploi et la croissance). Nous avons un Premier ministre appliqué ; mais sa politique ne s’applique pas encore.

Manuel Valls annonce un vote des députés le 30 avril. C'est difficile d'aller plus vite!

La méthode Valls est l’inverse de celle d’Ayrault. L’accélération plutôt que la concertation. Avec Ayrault, on voyait que, même quand la décision était prise, il fallait attendre pour faire un pas. Avec Valls, la décision n’est pas encore prise et on croit qu’on a fait 3 pas. Cela dit, il reste à donner de la chair à ces économies.

Le traitement des fonctionnaires était déjà gelé – rien ne change. Le gel des prestations sociales fera plus mal. Mais il manque encore mille détails – et chacun sait que c’est là que se cache le diable. Donc Manuel Valls a une équation politique intéressante, mais pour ce qui est de l’économie, c’est une équation… à beaucoup d’inconnues.

Est-ce que Valls peut réussir à les convaincre sur un tel programme?

Il veut les mettre devant le fait accompli. Ni les syndicats ni le PS n’ont intérêt à une crise. Or si le pacte de responsabilité et les 50 milliards n’étaient pas adoptés, il y aurait rupture de confiance et dans ce cas, François Hollande devrait dissoudre – ce serait la débâcle assurée pour la gauche. C’est ce qui explique la colère de l’aile gauche : c’est une fureur d’impuissance.

Cela dit, la discipline majoritaire joue avec les députés ; elle ne marche pas avec les électeurs – et ceux de la gauche (surtout les fonctionnaires, particulièrement visés par le plan Valls) n’ont pas de raison d’être de meilleure humeur aux européennes qu’ils l’étaient aux municipales… Il n’est pas exclu qu’ils fassent, eux, l’économie… de leur vote.

Est-ce que ces mesures annoncent une prise de pouvoir du Premier ministre?

Plutôt une prise de distance du Premier ministre. Sous Ayrault, François Hollande parlait assez souvent – parfois pour ne rien dire. Maintenant, c’est Valls qui monopolise la parole. Pour ce qui est de l’action, François Hollande avait dit qu’il serait lui-même aux manettes sur les efforts budgétaires.

Il semble qu’il va laisser ce sale boulot à son Premier ministre. Plus Valls annoncera le désengagement de l’Etat (pour économiser), plus Hollande va se désengager de la politique gouvernementale (pour s’économiser). Ça signifie qu’eux aussi vont devoir conclure un pacte : un partage des responsabilités en faveur de Valls et pour Hollande, un pacte d’irresponsabilité.

Hervé Gattegno