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Valls impose sa méthode, pas sa politique

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25.

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La majorité a approuvé le plan de stabilité présenté par M. Valls à 265 voix contre 232 – ce qui veut dire 41 abstentions au groupe PS. Valls impose donc sa méthode et non sa politique...

Hervé Gattegno : Il y avait 3 scénarios possibles: une approbation large, donc une majorité soudée ; un soutien mesuré, avec une majorité divisée ; un vote arraché, avec une majorité bricolée (grâce aux centristes). Ce qui s’est produit n’est pas le scénario du pire mais pas l’idéal non plus. Ça veut dire que Valls a eu raison de mettre la pression sur les députés, de faire des concessions à son aile gauche, de s’impliquer personnellement (dans des discours, au téléphone…). C’est cette forme d’engagement qui a payé – plus que l’engagement d’économiser 50 milliards, qui est très discuté dans son camp. Donc c’est plus le succès d’une méthode de travail que la validation d’une ligne politique.

Jean-Jacques Bourdin : Il n'empêche que Manuel Valls peut se prévaloir de ce vote pour faire appliquer son plan. Est-ce qu'il n'aurait pas pu éviter ce psychodrame en ne demandant pas le soutien des députés ?

Hervé Gattegno : C’est le cœur de la méthode Valls. Il a choisi l’épreuve de force avec les récalcitrants du PS et aussi de dramatiser l’enjeu. C’est vrai qu’il n’était pas obligé de demander un vote sur son plan – il s’est fait voter la confiance il y a 3 semaines. S’il l’a fait, c’est à la fois pour maintenir sa majorité sous tension et pour dicter son propre calendrier, pour donner le tempo de la vie politique, rester au centre du jeu – c’était la méthode de N. Sarkozy, copiée chez T. Blair. En fait, le risque était arithmétiquement relatif et politiquement démonstratif : c’est une façon de prouver à Bruxelles qu’il prend des mesures difficiles, mais qu’il a peu de marge de manœuvre.

Jean-Jacques Bourdin : Sur le fond, peut-on considérer - comme certains des partisans de M. Valls - que le vote d'hier est le point de départ d'une nouvelle politique pour la gauche au pouvoir ?

Hervé Gattegno : On aurait pu tirer cette conclusion si le vote avait exprimé un soutien massif au plan d’économies annoncé – avec seulement quelques défections. Avec 41 défections, il y a bien une période qui s’ouvre, mais ce sera une période de négociations, de tractations entre le gouvernement et la majorité. Cela dit, le rapport de forces reste favorable à M. Valls. Il a plus d’autorité sur les députés que n’en avait son prédécesseur, et il incarne mieux cette politique – de la rigueur et de la vigueur. Sans doute qu’il y a chez Valls moins d’héroïsme que prévu ; mais ce n’est pas un non plus un Ayrault bis.

Jean-Jacques Bourdin : Est-ce que ça signifie que les 41 abstentionnistes d'hier peuvent former un pôle de contestation au sein du groupe socialiste - une fronde anti-Valls ?

Hervé Gattegno : C’est une fronde composite : elle a des mobiles et des objectifs différents. Les députés de la gauche du PS sont réellement hostiles aux 50 milliards d’économies, soi-disant parce qu’ils nuiraient à la croissance – en réalité, parce qu’ils y voient une politique de droite. Les proches de M. Aubry, eux, veulent affaiblir M. Valls et punir F. Hollande – c’est la revanche de la primaire. Surtout, au-delà des 41 rebelles, il y a au PS un grand nombre de sceptiques, qui ne croient plus en Hollande et qui doutent déjà de Valls. C’est ce qui fait que le succès d’hier n’en est pas un : en 3 semaines, M. Valls est passé d’une majorité séduite à une majorité réduite.

Hervé Gattegno