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Valls défie Hollande et flirte avec une crise de régime

Manuel Valls et François Hollande, le 2 novembre 2016.

Manuel Valls et François Hollande, le 2 novembre 2016. - Stéphane de Sakutin - AFP

Manuel Valls n'écarte plus la possibilité de s'opposer à François Hollande au sein de la primaire de la gauche. Le président de la République, quant à lui, n'a pas encore annoncé s'il comptait se présenter à ce scrutin.

En France, le monde politique a presque tout connu. Il a connu des guerres fratricides, comme celle d’Edouard Balladur, Premier ministre, et Jacques Chirac, son ami de 30 ans et alors maire de Paris, pour la conduite de la droite à la présidentielle de 1995. Il a connu un président Giscard d’Estaing et son ancien chef de gouvernement, Jacques Chirac, se détestant franchement et allant même jusqu’à s’opposer en 1981. Il a connu un Premier ministre succédant, un an après avoir quitté Matignon, au président qu’il avait servi six années durant, avec l’arrivée de Georges Pompidou à la tête de l’Etat en 1969 après le départ de de Gaulle et l’intérim d’Alain Poher. Mais l’idée d’un affrontement entre le président François Hollande et son Premier ministre Manuel Valls au sein de la primaire de la gauche en janvier prochain serait une première.

Une hypothèse qu'on ne peut plus écarter d'un revers de main

Cette hypothèse n’est plus si farfelue depuis ce week-end. Ce samedi, en marge du "Carrefour des gauche", un rendez-vous mis sur pied par la maire de Lille, Martine Aubry, pour entretenir le dialogue entre les différentes composantes de la majorité, Claude Bartolone a exprimé l’envie de voir les deux hommes concourir tous deux à ce scrutin préliminaire à la présidentielle de 2017.

Le lendemain, dans le JDD, Manuel Valls n’écartait pas de se présenter face au président de la République dans la primaire : "Je prendrai ma décision en conscience." En déplacement à Madagascar, François Hollande s’est borné à appeler au "rassemblement".

Un quinquennat réduit à néant? 

Force est de constater que le combat du président de la République et de son chef de gouvernement lors de la primaire, s’il venait à se produire, serait le signe d’une crise de régime inédite. Sur notre antenne, l’éditorialiste politique, Christophe Barbier le confirme: "Ce serait une crise de régime monumentale. On n’a jamais connu ça!" Mais la solution est simple, selon l’observateur:

"Ce qui remettrait la gauche sur les rails, c’est que François Hollande annonce qu’il n’est pas candidat à un second mandat. A ce moment-là, la primaire n’est plus une primaire de guerre civile. Ça devient une primaire de clarification." 

Si les deux personnages allaient au bout de leur envie, explique Christophe Barbier, ils prendraient le risque d’anéantir le bilan du passage de la gauche à la tête du pays: "Si François Hollande et Manuel Valls participaient à la primaire, ça voudrait dire que le bilan du quinquennat est nul et non avenu puisqu’ils (seraient) tous les deux en train de s’affronter."

Spectacle et cacophonie

Mais pour Laurent Neumann, qui intervenait également sur BFMTV, le succès populaire de la primaire de la droite et du centre (plus de quatre millions de votants à chaque tour) pousse la gauche dans le sens du spectacle: "Le casting était à la hauteur à droite: un ancien chef de l’Etat, deux anciens premiers ministres. Il faut que le casting de la gauche soit au moins à ce niveau-là pour mobiliser des millions de gens."

Problème, les risques de cacophonie sont déjà importants: "Il y a déjà sept candidats de gauche déclarés à la présidentielle. Avec le vainqueur de la primaire, ça fait huit candidats. On n’a jamais vu ça. Ou plutôt si, une fois, en 2002…", reconnaît le chroniqueur, faisant référence à la déroute de la gauche à l'époque, dont aucun membre n'avait passé le premier tour de la présidentielle.

L'idée d'un affrontement reste inconcevable pour les proches des deux hommes

Le député élu à Paris, Christophe Caresche, pourtant proche de Manuel Valls, a voulu calmer le jeu: "Il faut respecter le choix du chef de l’Etat. On ne peut pas bâtir quelque chose en écartant le chef de l’Etat", a-t-il dit sur notre chaîne, ajoutant, "ça n’a pas de sens d’imaginer que François Hollande et Manuel Valls se retrouvent ensemble à la primaire. Ce serait complètement baroque."

A l’évidence, c’est aussi l’avis du porte-parole du gouvernement, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, pour sa part proche de François Hollande. Interrogé par Europe 1, il a asséné: "Il n’y aura pas de primaire entre le président et le Premier ministre. Ça n’existe pas, ça ne peut pas s’imaginer". Il a peu après précisé sa pensée concernant Manuel Valls: "Un acte de candidature, il en a tout à fait la possibilité. Mais à ce moment-là, il n’est plus Premier ministre."

Ce n'est pas Michel Rocard qui aurait fait ça

Ce lundi, François Hollande et Manuel Valls déjeunent ensemble sur les coups de 13h. Ils tâcheront sans doute de tirer les choses au clair. Dimanche soir sur le plateau de France 2, Arnaud Montebourg, candidat à la primaire de la gauche, avait jugé que l’ambiguïté au sommet du pays n’avait déjà que trop duré.

La gauche n’a pas toujours eu autant de mal avec les questions de préséance. Le 8 novembre 1980, Michel Rocard avait renoncé à sa volonté de demander au Parti socialiste de l’investir en vue de la présidentielle de 1981 immédiatement après avoir entendu François Mitterrand présenter sa propre candidature. Le député ne concevait pas de s’opposer à son Premier secrétaire. Autres temps, autres mœurs.

Robin Verner