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Un président offensif, un style offensant

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

La conférence de presse de François Hollande jeudi à l’Elysée : 2h45 sans véritable annonce mais une volonté d’imprimer un nouveau rythme qui ne convainc pas… et même agace.

François Hollande s’est bien amusé, mais ceux qui l’ont suivi, à commencer par les journalistes, se sont drôlement ennuyés. C’est vrai qu’il a montré de l’aisance et une bonne connaissance des dossiers. Mais il a affiché trop de distance, d’ironie, de futilité pour être convaincant. Multiplier les plaisanteries en parlant du chômage, de la crise, de son impopularité, c’était si déplacé que c’en était déplaisant. Il donnait l’impression que rien de tout cela n’est sérieux. Donc oui, si son mot clé était « l’offensive », il y avait dans son attitude quelque chose d’offensant… pour les Français.

L’opération de communication n’est pas une réussite pour François Hollande ?

Non. Il avait un double enjeu : corriger une impression d’indécision et donner le signal d’une accélération de sa politique. Mais comme souvent, il n’a répondu qu’avec des mots, des esquives, des formules – rien de concret. Dans sa précédente conférence de presse, en novembre, il avait construit son propos autour du rapport Gallois sur la compétitivité. C’était un vrai virage politique qu’il avait plutôt bien négocié. Jeudi, il n’avait rien à annoncer, hormis cette « initiative européenne » qui ressemble à s’y méprendre à ce que propose Angela Merkel. Et une réforme des retraites qui est nécessaire, mais totalement contraire à ce qu’il avait dit durant sa campagne.

François Hollande n’est pas sans talent ni sans habileté : qu’est-ce qui explique son impopularité record après un an de présidence ?

Le paradoxe, c’est qu’il est sans doute le président qui a fait le moins de promesses et que beaucoup ont déjà été engagées. Sans doute qu’il est desservi par son style, cette fausse humilité que les Français n’apprécient pas autant qu’il le croyait – on a même vu qu’il donne vite dans l’autosatisfaction. Surtout, son assise n’a cessé de rétrécir parce qu’à force d’éluder les sujets, de jouer avec des politiques contradictoires, il mécontente tout le monde y compris à gauche et dans sa majorité. Sarkozy était porté à l’agression, Hollande à la digression. Ce n’est pas plus rassurant.

L’une des phrases importantes de la conférence, c’était : « Je suis président au pire moment. » Est-ce qu’il n’a pas raison de dire cela ?

Depuis Giscard, aucun président n’a échappé à la crise ni au chômage. François Hollande a raison de dire que la mauvaise situation de la France ne date pas d’hier, mais ça prouve aussi que son arrivée n’a rien changé. Il n’empêche qu’il est déjà candidat à sa réélection. Il a dit le contraire, jeudi, avec une astuce de plus – et les journalistes ont bien ri… mais pas bien écouté. S’il dit qu’il « ne veut pas être jugé sur des sondages » mais sur sa capacité à « laisser une trace » d’ici 2017, c’est bien qu’il compte soumettre ce bilan à un vote – donc à la présidentielle. CQFD. C’était la seule vraie annonce mais elle a failli passer inaperçue. Nous avons un président drôle, et désormais un drôle de candidat.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 17 mai.

Hervé Gattegno