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Un CDI pour les intérimaires ?

Les salariés seraient payés toute l'année, même quand aucune entreprise n'a besoin d'eux, mais ne pourraient pas accepter d'autres missions.

Les salariés seraient payés toute l'année, même quand aucune entreprise n'a besoin d'eux, mais ne pourraient pas accepter d'autres missions. - -

Syndicats et patronat négocient un CDI pour les intérimaires, payé par les agences d'intérim en période d’inactivité. Une solution pour assurer de la main d’œuvre aux secteurs sous tension, mais une nouvelle précarisation des salariés, critiquent les syndicats.

Les intérimaires auront-ils eux aussi droit à leur CDI ? Ça pourrait paraître antinomique et pourtant, syndicats et patronat du secteur entament ce vendredi une négociation autour de la création d'un contrat à durée indéterminée dans l'intérim, système qui existe dans plusieurs pays européens tels que l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Suède. L'intérimaire sera embauché en CDI par son agence qui prendra donc en charge sa rémunération pendant les périodes d'inactivité.
Selon les agences, ce contrat pourrait concerner jusqu'à 60 000 emplois, soit 10% des emplois intérimaires en France, en particulier dans les secteurs en tension qui manquent de main d'œuvre, comme l'hôtellerie-restauration, l'industrie automobile et l'aéronautique. L'objectif est de parvenir, d'ici juillet, à un accord dont le principe a été entériné le 12 janvier dernier à l'issue des négociations sur la sécurisation de l'emploi.

« Ce serait gagnant-gagnant »

Directeur général du groupe Randstad France, numéro 2 sur le marché de l'intérim dans l'Héxagone, Abdel Aïssou espère que l’accord verra le jour. « Le fait de créer un CDI dans l’intérim permettra de répondre à ce fléau de notre marché de l’emploi, les métiers en tension, notamment dans l’industrie auto et plus encore aéronautique ». Selon lui, si les entreprises françaises y gagnent, c’est aussi toute l’économie qui pourrait y trouver un avantage. « On continue à ne pas trouver les qualifications dont on a besoin. Ce sera gagnant-gagnant pour la sécurisation d’un nombre significatif d’intérimaires, et ça répond aux besoins de l’économie française car il existe encore des niches d’emploi qui, mises bout à bout, permettraient de faire réduire le chômage de façon significative ».

« Donner tout pouvoir aux entreprises »

Mais du côté des syndicats, on estime que ces nouveaux contrats n’apporteront strictement rien aux salariés. « Ça va aggraver la précarité des emplois en termes de temps de travail et de revenus, considère Catherine Lebrun, secrétaire nationale de l'union syndicale SUD Solidaires. Contrairement aux CDD, ces personnes n’auront pas le droit à la prime de précarité. Ce sont quand même des éléments de précarisation pour ces personnes, une situation plus grave, même, que la situation des CDD. C’est vraiment donner tout pouvoir aux entreprises pour licencier, précariser, flexibiliser. Cet accord et la loi qui risque d’être votée vont dans le sens du patronat, du Medef, et sûrement pas des salariés ».

Mathias Chaillot avec Amélie Rosique