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Tous pourris, non ; tous menteurs, oui !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

L’onde de choc de l’affaire Cahuzac se poursuit, avec des mises en cause tous azimuts et un climat toujours plus délétère.

Il est fascinant de voir à quel point le mensonge de Jérôme Cahuzac suscite plus d’indignation que la fraude elle-même. Et en même temps de voir combien ce concert d’exigences de vérité produit de contre-vérités, de sournoiseries et d’hypocrisies. C’est peu dire que Jérôme Cahuzac n’a pas été exemplaire mais il n’est visiblement pas un contre-exemple. Le rapport à vérité du monde politique français est altéré. Y compris au sommet de l’Etat.

Vous considérez que le président de la République a menti dans cette affaire ?

Sans doute pas sur sa connaissance de l’affaire. Mais il y a un mensonge évident : l’Elysée, Jean-Marc Ayrault, les ministres assurent tous que François Hollande a prouvé son autorité en révoquant son ministre à l’instant où l’information judiciaire a été ouverte. Or le communiqué de l’Elysée, du 19 mars, dit que le départ de Jérôme Cahuzac s’est fait « à sa demande ». L’une des 2 versions est fausse. C’est un mensonge bien moins grave que celui du ministre, mais il révèle le peu de considération qu’a le pouvoir, dans sa mise en scène, pour les citoyens à qui il s’adresse.

Jean-François Copé exige un changement de gouvernement pour mettre fin à ce qu’il appelle une « crise politique ». N'a-t-il pas raison?

Là, nous sommes dans le mensonge politicien par excellence. Jean-François Copé ne croit pas une seconde à la crise qu’il dénonce. Il veut contribuer à affaiblir le gouvernement – c’est de bonne guerre. Mais il n’est pas le mieux placé pour requérir la vertu. Fin 2010, à l’Assemblée, il s’est opposé en personne – contre une partie de l’UMP – à l’aggravation des sanctions contre les élus qui mentent dans leur déclaration de patrimoine. Copé appelle au sursaut, mais à l’époque, ça n’avait pas fait sursauter. Pas assez.

Marine Le Pen est mise en cause aussi, à travers un de ses proches, qui a aidé Jérôme Cahuzac à ouvrir son compte suisse. Vous pensez qu’elle aussi ment quand elle jure qu’elle n’était pas au courant ?

Il n’y a aucune raison de ne pas la croire sur ce point. Mais pas davantage quand elle dénonce les élites antipatriotiques et l’exode des capitaux alors qu’elle a pour conseiller (officieux) un avocat d’affaires qui assiste les exilés fiscaux. Idem d’ailleurs pour François Hollande : que son trésorier de campagne et ami ait eu des fonds aux îles Caïmans ne l’implique pas (et c’est peut-être légal) ; mais a posteriori, ça donne peu de crédit à ses incantations contre la finance, son « ennemi sans visage ».

Évidemment, tous ces arrangements avec la vérité ne vont pas de renforcer la confiance des Français envers les politiques…

C’est certain mais l’affaire Cahuzac peut aussi être l’occasion d’un examen de conscience général. Mentir est une faute, pas un crime. Mais la fraude fiscale, elle, sape non seulement le budget de l’Etat mais le système démocratique lui-même. On dit souvent qu’elle est en France un « sport national » - ce serait au moins 60 milliards par an. Le mensonge de Jérôme Cahuzac est peut-être, en fait, le mieux partagé de France…

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 5 mars.

Hervé Gattegno