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Tollé et couac politique sur les forages en Guyane

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PARIS (Reuters) - Les défenseurs de l'environnement dénoncent vendredi le revirement gouvernemental sur la question des forages au large de la...

PARIS (Reuters) - Les défenseurs de l'environnement dénoncent vendredi le revirement gouvernemental sur la question des forages au large de la Guyane, qu'ils soupçonnent d'avoir motivé l'éviction de Nicole Bricq du ministère de l'Ecologie.

Nicole Bricq est passée de l'Ecologie au Commerce extérieur à l'occasion d'un remaniement ministériel jeudi, jour où elle venait de perdre son arbitrage sur ce dossier.

Elle avait annoncé le 13 juin la "remise à plat" du permis de forage pétrolier de Shell en Guyane, disant vouloir réexaminer l'ensemble des permis d'exploration d'hydrocarbures, y compris ceux déjà attribués, dans l'attente d'une refonte du code minier datant de 1810.

Son annonce avait suscité un tollé chez les élus guyanais, qui espèrent des retombées économiques positives pour Département d'Outre-mer très pauvre.

Or, des parlementaires guyanais ont annoncé jeudi que les forages exploratoires de Shell allaient pouvoir reprendre. Vendredi, le groupe pétrolier a confirmé avoir reçu une copie des permis l'autorisant à réaliser de nouvelles explorations pétrolières au large de la Guyane.

"Je confirme que les forages ont été autorisés", a déclaré la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.

Jean-Vincent Placé, chef de file d'Europe Ecologie-Les Verts au Sénat, a estimé que "l'éviction" de Nicole Bricq était le "premier bémol" du gouvernement Ayrault.

"C'est le seul portefeuille qui a changé, c'est quand même un drôle de message", a-t-il déclaré sur Europe 1, demandant des explications au Premier ministre.

"UNE TRAHISON"

Selon lui, la socialiste Nicole Bricq "s'était très bien installée depuis un mois et "était très appréciée déjà des associations et des ONG".

L'opposition s'est immédiatement saisie de ce premier couac au sein de la majorité présidentielle.

"La réalité des faits, c'est quand même une trahison par rapport aux principes de l'écologie parce que Nicole Bricq avait à juste titre refusé de signer des autorisations de forages en eau profonde au large de la Guyane, ce qui a entraîné une bronca", a dit pour sa part la sénatrice UMP Chantal Jouanno.

"Le jour où, justement, on constate qu'elle a perdu son arbitrage, elle est reléguée au poste de ministre du Commerce extérieur, certes important, mais dont le périmètre est largement inférieur à celui de l'Ecologie", a-t-elle ajouté sur France info.

Le ministère de l'Ecologie englobe les questions énergétiques et le développement durable.

Pour Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement, qui regroupe 3.000 associations environnementales, cette affaire "donne l'impression que les lobbies ont gagné."

"Mais le problème ce n'est pas tellement de changer de ministre, mais de changer à peine un mois après sa nomination et en pleine préparation de la conférence environnementale de cet été", a-t-il dit à Reuters.

"On vient de louper un geste fort du gouvernement et une avancée du code minier", a déploré de son côté Christian Rougé, coordinateur de Guyane Nature Environnement, évoquant les risques de marée noire et l'impact des recherches sur la biodiversité marine.

Les nouveaux forages sont prévus à 150 kilomètres environ des côtes guyanaises et à 6.000 mètres de profondeur.

Le coût total du projet, qui réunit Shell (45%), Total (25%) et Hardman Petroleum (27,5%), a été évalué entre 4 et 8 milliards d'euros. Le site de Zaedyus pourrait contenir jusqu'à 300 millions de barils de pétrole, selon Le Monde.

Gérard Bon, avec Chine Labbé, Marion Douet et Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse