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Thème 5: Les Régimes Spéciaux

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Dossier phare de la rentrée sociale, les Régimes spéciaux sont pour Marie Georges Buffet l’occasion de faire valoir les principes mêmes du Parti Communiste : la sauvegarde des acquis sociaux.

J-J B : Les syndicats de la SNCF, de la RATP et de l’énergie décideront demain s’ils relancent la grève contre la réforme des régimes spéciaux. Doivent-ils relancer cette grève ?
M-G B : Je souhaite qu’il y ait des négociations. Je souhaite qu’il n’y ait pas grève le 20 novembre parce qu’il y aura eu de véritables négociations à la SNCF, à la RATP. C’est ça l’attitude à adopter, la voix de la sagesse, la négociation.

J-J B : Mais des négociations pour quoi ? Pour revenir sur les 40 ans de cotisations ?
M-G B : La grande nouvelle de cette semaine ce n’est pas le mouvement des cheminots pour maintenir leurs acquis, c’est le fait qu’on nous annonce qu’il ne s’agit plus de 40 mais de 41 ans à partir de 2012. On pointe les régimes spéciaux mais ça cache que l’on est en train de mettre en cause la retraite pour tous. On va nous demander de travailler de plus en plus longtemps pour des retraites dont le pouvoir d’achat est en train de baisser. Alors qu’il y a une solution pour tous, pour les cheminots, comme pour le salarié du privé, comme pour le fonctionnaire, qui est la modification du financement des retraites. Il faut modifier l’assiette des cotisations des entreprises, arrêter d’exonérer et modifier l’assiette. C’est-à-dire favoriser les entreprises qui font de l’emploi, qui font de la qualification, qui font de la production de qualité respectueuse de l’environnement et pénaliser les entreprises qui privilégient le tout financier. Il faut faire en sorte que les revenus financiers cotisent pour le système par répartition.

J-J B : Parlons de cette réforme des régimes spéciaux. Juste pour revenir sur la grève, si la loi sur le service minimum avait été en application les grévistes auraient été obligés de se déclarer 48 heures à l’avance, donc peut être que la direction d’Air France aurait pu mieux gérer. Dans cette grève là, les grévistes pouvaient se déclarer grévistes 1 heure avant le début du conflit.
M-G B : Mais le fond du problème c’est que la grève est un geste extrême puisqu’il se met en place lorsqu’on n'est pas entendu. Le problème c’est la capacité que nous avons dans ce pays à vraiment prendre le chemin d’élucidations sociales au lieu toujours de rester dans la recherche de l’affrontement social.

J-J B : Est-ce que vous souhaitez que la décote ne s’applique qu’à ceux qui vont entrer à la SNCF, à la RATP ?
M-G B : C’est ce que laisse entendre le Président de la République parce qu’il a été voir les cheminots. Les gens ont signé un contrat d’embauche, avec un certain nombre de conditions donc je trouve plutôt normal qu’ils puissent terminer leur contrat, leur travail à la SNCF, en respectant les règles qui étaient les leurs. Ceci dit je reviens sur ce que j’ai dit tout à l’heure, la question n’est pas les régimes spéciaux, qui ne représente que 5% des salariés, mais de savoir si l’on va vers une véritable réforme des retraites par un nouveau financement.

J-J B : J’ai vu le dialogue entre le Président de la République et les syndicalistes, notamment un syndicaliste de Sud Rail qui disait que le pouvoir serait dans la rue et que c’est dans la rue que le Gouvernement pliera, même le Président de la République. Vous trouvez ça bien ce genre de propos ?
M-G B : Dans l’histoire de la France on voit bien que les grandes conquêtes sociales démocratiques ont souvent été liées à une grande mobilisation sociale. Je crois qu’il y a besoin d’une démocratie sociale. L’autre fois je pose une question au Premier Ministre à l’Assemblée Nationale, sur le référendum sur le traité européen, il me répond que le candidat avait dit qu’il n’y aurait pas de référendum, il a été élu donc il n’y aura pas de référendum. Donc il n’y a plus besoin d’opposition, mais la démocratie c’est une élection majoritaire, un pouvoir, mais aussi l’expression d’une opposition politique et d’une opposition sociale.

J-J B : Je fais une petite parenthèse sur les régimes spéciaux ou régimes exceptionnels, par exemple le syndicat du livre voit des salariés qui gagnent très bien leur vie et qui peuvent partir à 50 ans ; est-ce normal ?
M-G B : Ce qui n’est pas normal c’est qu’on reproche à ces hommes leurs acquis et surtout qu’on s’en sert pour imposer à de plus en plus de personnes de travailler plus longtemps.

J-J B : Enfin 30 à 32 heures par semaine et départ à 50 ans, il y a vraiment des régimes exceptionnels qu’il faudrait peut-être revoir non ?
M-G B : Mais si on les revoit, on les revoit dans le cadre d’une négociation générale qui va vers le progrès social et non pas vers des reculs sociaux comme on en connaît aujourd’hui. On est en train de remettre en cause les 35 heures, la retraite à 60 ans, on impose la précarité, le prochain chantier du Président c’est la remise en cause des contrats de travail. On nous fait avaler toute une série de recul pour laisser les marchés financiers s’épanouir et on montre du doigt ceux qui se sont battus pendant des décennies.

J-J B : Remettre en cause ce régime là c’est du recul ?
M-G B : Mais oui, c’est du recul. Vous avez un statut en temps que journaliste, si demain on vous dit que votre statut est périmé vous diriez que vous avez gagné ce statut, vous défendriez vos acquis et ce serait tout à fait normal.

La rédaction-Bourdin & Co