BFMTV

Thème 1 : Logement et exclusion

BFMTV
Christine Boutin fait le point sur la crise du logement en France.

J-J B : Est-ce que vous soupçonniez la gravité de la situation à la fois de l’exclusion et du logement dans ce pays ?
C B : J’en avais l’intuition puisque c’est en l’ayant que j’ai déposé comme député la proposition de loi sur le droit au logement opposable. Je ne pensais pas que ce serait repris et voté aussi rapidement. Comme ministre je dois dire que je ne pensais pas que la situation était aussi grave.

J-J B : Oui, elle est grave, non seulement pour ceux qui sont dans la rue, mais aussi pour beaucoup de jeunes couples qui n’arrivent pas à se loger, qui ne peuvent pas payer des loyers bien trop chers ; 3 millions de mal logés selon la fondation Abbé Pierre, 1 300 000 familles en attente d’un logement social, il manque près d’un million de logements pour rattraper le retard accumulé ces trente dernières années. Il y a urgence ! Un chiffre : il s’est construit autant de logements en Bretagne qui compte 2 millions d’habitants, qu’en Ile-De-France qui en compte 10 millions et qui souffre d’une offre très insuffisante. Ces constats là sont terribles non ?
C B : Oui, c’est une responsabilité collective, je reviendrais toute à l’heure sur ce que nous faisons pour palier ces difficultés. Il est vrai que c’est un retard de plus de trente ans. J’ai essayé de comprendre pourquoi nous avions pris ce retard. Je pense que la situation est aussi grave qu’après guerre et c’est pour ça que c’est une course contre le temps. Il faut que nous gagnions du temps pour avoir des logements le plus rapidement possible car toute la chaîne du logement est complètement figée. C’est la raison pour laquelle j’ai fait Lyon et que Lyon a fait gagner 18 mois.

J-J B : La Commission Attali suggère d’autoriser l’Etat à exproprier le foncier disponible des communes qui ne respectent pas les objectifs de la fameuse loi SRU en matière de logements sociaux. Est-ce que vous êtes d’accord avec cette idée ?
C B : Absolument. Je l’ai dit très clairement, je suis pour l’application de la loi de manière stricte et claire parce qu’il faut maintenant qu’il y ait un partage de la solidarité et une prise de conscience.

J-J B : Qu’allez vous décider sur cette loi ?
C B : Les préfets ont l’obligation de la mettre en place de façon très stricte.

J-J B : Il faut la modifier cette loi ?
C B : Non, je ne veux pas la modifier, sinon nous allons avoir des débats sans fin entre la Gauche et la Droite. Ce dont j’ai besoin, c’est de construire donc ce que je veux c’est qu’on construise. La loi SRU, si on ne construit pas on a une amende.

J-J B : L’Etat pourrait exproprier la commune ? C’est ce que demande la Commission Attali, êtes vous d’accord ?
C B : Pour l’instant, l’Etat n’en a pas la possibilité. Je suis en train de réfléchir de façon très profonde à cette affaire en particulier dans les secteurs tendus et la région Ile de France. La question donc est de savoir si l’on va vers plus de décentralisation ou au contraire si l’on centralise. La difficulté c’est que les maires ont actuellement le pouvoir de construire, ce sont eux qui décident si un terrain va devenir constructible ou non. Dans le cadre de la loi Dalo c’est l’Etat qui aura à payer s’il n’y a pas eu les constructions. C’est donc quelque chose qui ne peut pas aller, c’est invraisemblable et impossible. Donc, soit on va vers plus de décentralisation, les élus prenant le permis de construire et la sanction s’il n’y a pas assez de construction, soit on va vers plus de recentralisation. Je pense que dans certains secteurs comme l’Ile de France, il pourrait y avoir une expérimentation pour que l’Etat reprenne une partie de son pouvoir.

J-J B : Donc l’Etat reprend une partie de son pouvoir, et dispose des terrains disponibles ?
C B : Oui, et vous voyez bien que dans votre question, le mot « dispose », ça ne se fait pas comme ça, c’est très long. La construction c’est déjà long, le foncier l’est aussi. Je dis donc qu’il faut arrêter quand un élu a un projet de construction, qu’immédiatement des associations de défenses créées, empêchant et retardant la construction du projet en question se mettent en place. Aujourd’hui, 72% de la population française à les critères pour entrer dans un logement social et il n’y en a que 22% qui en ont, ce qui veut dire que 50% de la population française va dans le secteur libre. A la suite de Lyon, nous avons pu mettre tout le monde ensemble, aussi bien le parc privé que le parc public, pour répondre à ce grand enjeu.

J-J B : Récupération de logements vides c’est possible ? Comment allez vous faire ?
C B : Absolument, c’est possible. Je n’écarte pas la possibilité de faire appel à la réquisition.

J-J B : Mais quand vous dîtes la réquisition, vous n’allez pas affoler les propriétaires de petits appartements ? La réquisition de quels logements ?
C B : La réquisition de logements qui appartiennent à de grands groupes institutionnels.

J-J B : Mais encore faut-il les recenser.
C B : Voila, donc mes services sont en train de le faire, mais ce n’est pas si simple. Je veux utiliser tous les moyens qui sont à ma disposition tant la situation est grave.

La rédaction-Bourdin & Co