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Sondage: ces électeurs de Macron qui regardent à gauche pour les européennes

Un isoloir lors d'une élection (photo d'illustration).

Un isoloir lors d'une élection (photo d'illustration). - Jean-Sébastien Evrard - AFP

Dans sa dernière grande enquête électorale, l'institut Ipsos relève que tous les grands partis font face à une importante part d'incertitude pour le scrutin du 26 mai.

À trois mois des élections européennes, la politique française étant ce qu'elle est, il serait imprudent de dire que les jeux sont faits. Les sondages, néanmoins, se suivent et se ressemblent. Dans sa nouvelle grande enquête électorale réalisée pour le Cevipof et publiée dans Le Monde ce lundi, l'institut Ipsos confirme l'avantage d'Emmanuel Macron pour le scrutin du 26 mai.

La liste portée par La République en marche, le MoDem et Agir, qu'elle soit concurrencée ou non par une liste "gilets jaunes" le jour J, recueille 23% d'intentions de vote. Le Rassemblement national, lui, obtient 21% en cas d'absence d'une telle liste, 19,5% dans le cas inverse. La liste "gilets jaunes" s'effondre pour atteindre les 4,5% d'intentions de vote.

Grande incertitude

L'enquête relève plusieurs phénomènes. Tout d'abord, l'incertitude des électeurs, près de deux ans après la présidentielle, est à son comble. Sur les plus 10.000 personnes interrogées pour le sondage, seuls 42% se disent certaines d'aller voter le 26 mai. De ce point de vue, ce sont les électorats de LaREM et du Parti communiste qui se disent les plus mobilisés. L'abstention s'annonce presque aussi massive qu'aux européennes de 2014, lorsqu'elle avait atteint 59,3%.

Certitude d'aller voter aux européennes chez les différents électorats
Certitude d'aller voter aux européennes chez les différents électorats © Capture d'écran Ipsos-Sopra Steria

Autre donnée importante à souligner: le fait que parmi cette minorité d'électeurs se disant certains de se rendre aux urnes, ils ne sont quasiment qu'un sur deux à avoir d'ores et déjà fait leur choix définitif. Les électorats LaREM et RN sont relativement épargnés par ce phénomène: respectivement 71 et 77% des électeurs de ces partis se disent sûr de leur vote. Des taux qui tombent à 53% pour ceux qui disent vouloir glisser un bulletin LR, 51% pour les insoumis et 40% pour Debout la France

Reports de voix

L'institut Ipsos s'est également penché sur les transferts potentiels de voix entre le premier tour de la présidentielle de 2017 et les élections de mai prochain. Malgré une stabilité (toute relative) des électorats respectifs d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, l'émiettement de l'échiquier politique se poursuit. 

En témoigne le fait qu'un quart des électeurs de François Fillon, par exemple, envisagent très sérieusement de voter pour la liste LaREM/MoDem/Agir. Plus inquiétant pour Laurent Wauquiez: seuls 46% de ceux qui avaient accordé leur confiance au candidat LR d'avril 2017 disent vouloir renouveler leur confiance à la droite en mai 2019. 

Report des voix, pour les européennes, des électorats du 1er tour de la présidentielle de 2017
Report des voix, pour les européennes, des électorats du 1er tour de la présidentielle de 2017 © Capture d'écran Ipsos-Sopra Steria

Idem pour La France insoumise, dont 14% des électeurs de la présidentielle envisagent un bulletin Europe Écologie-Les Verts (EELV), 14% "d'autres listes", et seuls 39% resteraient fidèles au parti de Jean-Luc Mélenchon. 

Porosité entre LaREM et les gauches

Mais ce phénomène n'épargne pas Emmanuel Macron. Si 61% de ses électeurs d'avril 2017 gardent leur confiance (pour l'instant), 13% lorgnent la liste EELV, 9% celle du Parti socialiste et 4% celle de Génération.s, le mouvement lancé par Benoît Hamon. 

Ces reports potentiels de voix, bien représentés par l'infographie ci-dessus (réalisée par Ipsos), montrent deux choses: d'abord la porosité entre une partie de l'électorat macroniste et les différentes formations de gauche non-insoumise; et ensuite la menace plus spécifique que représentent pour LaREM les écologistes, traditionnels bénéficiaires du scrutin des européennes.

LFI et le RN nourrissent la liste "gilets jaunes"

Ce phénomène, aussi bien par rapport à LaREM que LR ou LFI, s'exerce de la même façon avec ou sans liste "gilets jaunes". D'ailleurs, autre enseignement de ce sondage, cette hypothétique liste née de la crise sociale que connaît le pays depuis l'automne ne se nourrit pas uniquement chez l'électorat RN. 6% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle envisagent de voter pour une liste "gilets jaunes".

Quant au projet européen, près de trois Français sur quatre (73%) s'y disent globalement "favorables": 15% favorables "tel qu'il est actuellement mis en place" et 58% "mais pas tel qu'il est actuellement mis en place". 27% s'y disent "défavorables".

Taux de soutien au projet européen, 25 février 2019
Taux de soutien au projet européen, 25 février 2019 © Capture d'écran Ipsos-Sopra Steria

Plus de 37% des Français interrogés disent par ailleurs "soutenir" le mouvement des "gilets jaunes", contre 28% qui s'affirment "opposés".

Enquête réalisée en ligne du 15 au 21 février auprès de 10.002 personnes inscrites sur les listes électorales, selon la méthode des quotas. Marge d'erreur de 0,3 à 1 point.

Jules Pecnard