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Simone Veil: 1974, l'un des discours les plus marquants de l'histoire de l'Assemblée nationale

DISCOURS - Il y a plus de 40 ans, Simone Veil portait à l'Assemblée nationale la loi conduisant à la légalisation de l'avortement. Pendant trois jours et deux nuits de novembre 1974, la ministre défend son texte face à un Hémicycle parfois hostile.

C'est un discours entré dans l'histoire. L'un des plus remarqués de l'histoire de l'Assemblée nationale. En novembre 1974, Simone Veil porte au Palais-Bourbon le texte ouvrant l'accès à l'interruption volontaire de grossesse. Ce vendredi, elle disparaît plus de 40 ans après

"Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme - je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes -, aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame". Ce sont parmi les premiers mots prononcés à la tribune par celle qui était ministre de la Santé, pour défendre son texte devant les députés. 

Et le débat a duré trois jours, et de nuits. Pendant lesquels Simone Veil encaissera les attaques, parfois très violentes, de parlementaires hostiles à l'IVG. Elle ne quittera jamais l'Hémicycle pendant les débats, même lorsque celui-ci se transforme en arène.

9 femmes et 481 hommes

Jean-Marie Daillet, député UDF, élu ira jusqu'à évoquer la Shoah. Il accusera la ministre -rescapée des camps de concentration- d'accepter de voir des embryons humains "jetés au four crématoire ou remplir des poubelles". Les députés de droite René Feït et Emmanuel Hamel diffusent dans l'hémicycle, à tour de rôle, les battements d'un coeur de foetus de quelques semaines. Jean Foyer, ancien Garde des Sceaux du général de Gaulle, lance: "le temps n'est pas loin où nous connaîtrons en France ces avortoirs, ces abattoirs où s'entassent des cadavres de petits hommes".

La violence se poursuit à l'extérieur: dans la foulée, elle est régulièrement la cible d'attaques antisémites quand elle rentre chez elle. "Je n'imaginais pas la haine que j'allais susciter", confie l'ex-ministre de la Santé de Valéry Giscard d'Estaing dans un livre entretien avec la journaliste Annick Cojean, Les hommes aussi s'en souviennent

L'Assemblée comptait à l'époque 9 femmes pour 481 hommes. Dans les tribunes du public, à l'inverse de l'hémicycle, ce sont les femmes qui dominent, venues en masse écouter la ministre. Malgré la violence des échanges, son discours d'une heure est chaleureusement applaudi par la gauche. De son côté, la droite se tait. Avant 25 heures de débats houleux. 

Le 29 novembre 1974, au coeur de la nuit, la loi est votée par 284 voix contre 189. Les deux tiers des députés de la majorité votent contre le texte, adopté essentiellement grâce aux voix de gauche et centristes.

Ivan Valerio