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Séparatisme: Dati juge le texte insuffisant et appelle à interdire le voile aux enfants

Invitée d'Apolline de Malherbe, le rendez-vous l'ex-candidate LR à la mairie de Paris estime que le projet de loi confortant le respect des principes de la République ne s'attaque pas "aux causes profondes du séparatisme".

À l'instar de ses camarades du parti Les Républicains, Rachida Dati juge insuffisant le projet de loi gouvernemental censé combattre le séparatisme. Invitée ce samedi de Apolline de Malherbe, le rendez-vous, l'ex-candidate LR à la mairie de Paris a donné ses préconisations en la matière en invoquant, comme souvent, son expérience issue du travail de terrain.

"Ce texte se veut la défense de la République. Qui ne veut pas défendre la République?", a d'abord demandé Rachida Dati.

"Le séparatisme se nourrit de deux choses: de l’islamisme politique radical qui est profond, qui est ancré et qui est ancien. Il se nourrit aussi d’une ségrégation territoriale dont personne ne veut entendre", a-t-elle ajouté.

"Délinquance silencieuse"

Selon l'ancienne garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy, "ce texte ne répond pas aux causes profondes du séparatisme". "Il faut revoir profondément la politique de peuplement de certains territoires", juge-t-elle, s'appuyant sur son vécu personnel et l'absence de mixité sociale dans de nombreuses banlieues françaises.

"On est passé d’une délinquance violente - vous savez, les violences urbaines, les voitures brûlées - à une délinquance extrêmement silencieuse, qui arrangeait tout le monde", regrette Rachida Dati.

Par "délinquance silencieuse", l'ex-ministre vise en particulier le trafic de produits stupéfiants, qui serait (d'après elle) redevenu "très bruyant" récemment parce que les autorités ont réalisé qu'il "finançait le trafic d'armes et le terrorisme".

France "profondément fracturée"

L'assassinat de Samuel Paty en octobre a été, à ses yeux, un tournant pour le pays. "On ne se rend pas compte (qu'on) a basculé dans une autre ère. Moi je pense qu'on est à un moment où la France est profondément fracturée", prévient l'ancienne eurodéputée. Et de paraphraser Gérard Collomb lorsqu'il a quitté le ministère de l'Intérieur: "On va vivre (...) les uns contre les autres, et ça va être de l'affrontement."

"Il faut revoir les méthodes d’apprentissage. Il faut revoir la formation des enseignants (...) à la laïcité. (...) Je pense qu'on n'enseigne pas au lycée Victor Duruy, dans le VIIe arrondissement (de Paris), de la même manière que dans d'autres établissements scolaires dans certains territoires perdus de la République", estime-t-elle.

Pour remédier à ce déclin, Rachida Dati appelle à ne pas se contenter d'une "charte des imams". "Des chartes ont été régulièrement signées. Ont-elles été appliquées? (...) La charte n'a pas de valeur contraignante", rappelle-t-elle.

Interrogée sur les amendements proposés par la droite, notamment celui d'Eric Ciotti visant à interdire le port du voile islamique aux mineurs et à l'université, Rachida Dati n'est pas convaincue qu'il faille envoyer la police "courir après les étudiantes au sein des amphis". "Ce sont des adultes", dit-elle à propos des étudiantes, mettant le doigt sur la question du consentement.

"Mais il faut interdire aux enfants, il faut sanctuariser des endroits dans les services publics... Ça effectivement il faut l'interdire", a-t-elle ajouté.
Jules Pecnard Journaliste BFMTV