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Sénat: la mise en garde de Gérard Larcher à Emmanuel Macron

Gérard Larcher et Emmanuel Macron au Palais de l'Elysée en novembre 2017

Gérard Larcher et Emmanuel Macron au Palais de l'Elysée en novembre 2017 - Ian LANGSDON / POOL / AFP

Le chef de l'Etat et le président du Sénat se sont rencontrés lundi à l'Elysée au cours d'une réunion plutôt houleuse.

Depuis l'investiture d'Emmanuel Macron en mai 2017, les relations ne sont pas au beau fixe entre le Sénat et le président de la République. Dernier exemple en date, fin décembre dernier, en pleine crise des gilets jaunes, lorsque la chambre haute du parlement avait laissé planer le doute quant à un possible rejet du texte contenant les mesures d'urgence économique et sociale du gouvernement, qui avaient finalement bien été votées. 

Si cet épisode en était resté au stade de l'avertissement sans frais, il avait en revanche eu le mérite de faire éclater au grand jour les dissensions de plus en plus marquées entre le Sénat et l'exécutif. Autre signe de la dégradation de cette relation pourtant primordiale, un tweet critique du ministre du Budget Gérald Darmanin avait, en novembre dernier, interrompu pour quelques heures les travaux des parlementaires

La colère de Larcher

Dimanche, dans sa lettre aux Français envoyée préalablement au lancement du grand débat national, Emmanuel Macron a a listé plusieurs questions qui, selon lui, mériteraient d'être soulevées. Parmi elles, la suivante:

"Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil économique, social et environnemental doivent-ils jouer pour représenter nos territoires et la société civile? Faut-il les transformer et comment?" avait-il interrogé. 

Un passage qui a suscité l'ire des sénateurs, de tous bords, car ressenti comme une attaque contre le bicamérisme, alors que la suppression du Sénat, rejetée en 1969 lors d'un référendum décidé par le général de Gaulle, est revenue parmi les propositions de certains "gilets jaunes".

Comme le signale Le Figaro, Gérard Larcher, sénateur Les Républicains et président du Sénat, n'a lui-même que très peu goûté cette question, qualifiant de "mauvaise manière" l'attitude d'Emmanuel Macron. 

"Ça, je ne me ferai pas berner!" a-t-il également déclaré au quotidien. 

"Vous voulez la peau du Sénat?"

Ce lundi, une rencontre d'une demi-heure a été organisée entre les deux hommes à l'Elysée. Là, le sénateur aurait frontalement questionné le locataire des lieux, lui exhortant de clarifier sa pensée. "Alors est-ce que vous voulez la peau du Sénat? Soyez clair!" lui aurait-il demandé. "Non", à répondu Emmanuel Macron.

Ce jeudi, dans le cadre de ses voeux à la presse qui se tenaient au Palais du Luxembourg, Gérard Larcher est revenu sur cet épisode, estimant avoir eu la garantie d'Emmanuel Macron qu'il n'envisageait pas une fusion du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental, le président du Sénat excluant un référendum direct sur ce type de question à l'issue du grand débat.

Interrogé sur le sujet par la sénatrice LR Muriel Jourda lors des questions au gouvernement au Sénat jeudi après-midi, le Premier ministre Édouard Philippe a lui aussi dit son attachement à la chambre haute.

"Je n'ai aucun problème à dire comme je l'ai toujours dit que j'étais attaché, et au bicamérisme, et au Sénat", avait-t-il affirmé.

Liens rompus?

Reste que, ce nouvel épisode risque d'altérer encore un peu plus les relations entre exécutif et sénateurs. Ce lundi encore, Gérard Larcher a directement accusé Emmanuel Macron d'être responsable de la crise sociale actuelle. "C'est votre gouvernance qui pose problème! C'est un vrai sujet! Moi, je vois tout le monde" lui a-t-il lancé, toujours selon Le Figaro

Déjà critiqué ces dernières semaines, le manque de consultation des corps intermédiaires est également revenu dans la discussion.

"Laurent Berger a raison! Ne pas recevoir les corps intermédiaires, ne pas recevoir les groupes d'opposition depuis dix-huit mois, ce n'est pas possible! Vous ne construisez pas une République sans construire l'opposition." lui a-t-il dit. 

On l'aura compris, s'il souhaite renouer avec les sénateurs, Emmanuel Macron devrait modifier en profondeur son approche de la question parlementaire. 
Hugo Septier