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Second tour des municipales: vers une abstention record le 28 juin?

Le premier tour du scrutin avait déjà été marqué par une abstention massive. Des personnalités politiques craignent que le second tour, qui doit se tenir le 28 juin si la situation sanitaire le permet, soit encore davantage dédaigné par les électeurs.

En annonçant ce vendredi que le second tour des municipales se tiendrait le 28 juin prochain, Edouard Philippe lui-même a souligné que le premier tour avait été marqué par "un taux d'abstention significatif". En effet: il s'est élevé au taux record de 55%, soit près de vingt points de plus que les 36,5% du premier tour des municipales de 2014.

La première partie du scrutin s'était tenue le 15 mars, à la veille de l'annonce du confinement de la population en raison de l'épidémie de coronavirus. Le second tour, sous réserve des conditions sanitaires, devrait donc avoir lieu avant l'été, selon les dires du chef du gouvernement. Dans le sondage Elabe réalisé pour notre antenne cette semaine, 55% des personnes interrogées se déclaraient défavorables à un second tour en juin.

"Abstention record garantie"

Depuis la prise de parole du Premier ministre, plusieurs voix dans l'opposition se sont élevées au sujet de ce choix et de l'abstention qui, selon eux, va nécessairement en découler: "Philippe et Castaner proposent donc une élection sans campagne électorale. Abstention record garantie", a réagi sur Twitter le député de La France insoumise Adrien Quatennens.

"Donc nous avons la confirmation aujourd’hui que 'faire vivre la démocratie' signifie organiser l’abstention massive à des élections", a écrit l'élue municipale parisienne et ancienne députée socialiste Annick Lepetit.

La situation sanitaire, levier crucial

Pour Bernard Sananès, président de l'institut de sondages Elabe, il est encore prématuré de faire de telles conjectures. D'après lui, plusieurs facteurs peuvent influencer le taux de participation au scrutin, si d'aventure il se tient à la date évoquée dans un peu plus d'un mois.

Le premier levier, pour le sondeur, est la question sanitaire: "On a des Français qui restent inquiets de la propagation du virus", analyse-t-il auprès de BFMTV.com.

"Dans cette inquiétude, il y a une clef majeure, c'est les personnes âgées, qui visiblement se sont fortement abstenues au premier tour alors que ce sont elles qui constituent plus de 30% du corps électoral pour ce type d'élections. Et donc forcément, l'inquiétude par rapport au virus est très forte avec l'âge, donc si l'inquiétude diminue, les personnes âgées vont retrouver le chemin des urnes en partie et ça pourrait faire monter le niveau de participation", estime Bernard Sananès.

L'inconnue de la campagne électorale

Pour le président d'Elabe, le deuxième critère qui pourrait influencer la courbe de l'abstention est politique: "S'il y avait un consensus tacite, un accord entre les différentes formations pour ne pas s'opposer au déroulement du scrutin, ça pourrait faire monter la participation." 

Reste également la question de la campagne électorale. "La dernière inconnue", pour Bernard Sananès. Une campagne va-t-elle être possible? Les médias s'y intéresseront-ils ou seront-ils toujours accaparés par le coronavirus et ses conséquences? Le sondeur pointe également "la dynamique de second tour" qui va s'enclencher.

Dynamique de second tour

"Dans les villes qui restent à pourvoir (quelque 5000, NDLR), souvent les plus grandes villes, il va y avoir des accords de second tour. Des listes qui vont fusionner, des candidats qui vont se retirer. Et cette dynamique, il faut qu'elle soit connue des électeurs". 

Trop tôt donc, pour présager du taux d'abstention, selon lui. Une certitude néanmoins: "Il est inenvisageable de retrouver une participation comme en 2014." 62% des électeurs s'étaient déplacés jusqu'au bureau de vote au second tour des municipales cette année-là.

"Si on passe au dessus des 50% de participation, ça voudra dire que l'opinion a quand même compris la décision et l'a acceptée. Si on reste en dessous, pour le gouvernement et en général pour les partis politiques, ça ne sera pas une bonne chose", laisse-t-il présager.
Clarisse Martin