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Santini : « La grève devrait être suivie »

"Les fonctionnaires ne sont pas privilégiés, leur rémunération est dans la moyenne basse"

"Les fonctionnaires ne sont pas privilégiés, leur rémunération est dans la moyenne basse" - -

André Santini, Secrétaire d’État à la Fonction Publique, aborde les sujets qui touchent sa fonction en ce moment : les fonctionnaires & la grève de Mardi.

G C : La fusion des grèves serait le pire scénario pour le Gouvernement ?
A S : Non, c’est même plutôt le pire pour les organisations syndicales représentatives, de la fonction publique en particulier car cette grève pour défendre les régimes spéciaux va polluer le mouvement des organisations syndicales de la fonction publique. Ils disent d’ailleurs qu’ils ne veulent pas que l’on mélange les problèmes. Il ne faut pas oublier qu’en 2003 la fonction publique a déjà été ordonné différemment, donc qu’ils ne veulent pas aujourd’hui, à juste titre que ceux qui défendent les privilèges qu’on leur a supprimé soient aujourd’hui dans le même débat.

G C : Sauf que dans la défense de ces privilèges de ces régimes spéciaux de retraite, il y a aussi la notion de pouvoir d’achat qui ressort avec la décote, avec la peur aussi de perdre du pouvoir d’achat en partant plus tard à la retraite. Donc, si finalement le pouvoir d’achat devient le dénominateur commun de ces grèves, ça peut devenir totalement explosif et « indétricotable » ?
A S : Le pouvoir d’achat est le point commun de tous les Français. Les fonctionnaires n’ont pas plus de problèmes de pouvoir d’achat que tous les Français. Il ne faut pas mélanger là encore les registres. Si nous reprenons, en février, le Gouvernement a augmenté de 0.7 la rémunération les fonctionnaires, et, dans la loi TEPA les fonctionnaires ont été pris en compte pour la défiscalisation du revenu supplémentaire et pour l’exonération de charge.

G C : Vous n’avez pas peur qu’il y ait une sorte de mélange des genres qui finalement donne une fusion des mouvements sociaux et finalement un troisième tour social, parce qu’on entend quand même des messages anti-gouvernement dans les revendications aussi ?
A S : Oui, mais de quelques extrémistes.

G C : Mais ce sont eux qui bloquent…
A S : Oui, ils bloquent mais ils sont minoritaires et ceux sont eux qui, les Français ont bien compris, étaient les artisans comme ceux qui sont dans les universités aussi aujourd’hui, d’un pseudo troisième tour qui ne profiterait absolument pas aux Français et à la France.

G C : Est-ce que ce sont les extrémistes qui bloquent ou est-ce que ce sont eux que l’on entend le plus ?
A S : Les deux. Il est normal pour les journalistes d’aller chercher celui qui crie le plus fort. La majorité est silencieuse. Aujourd’hui on voit nettement le mouvement, sauf qu’on commence à entendre les Français « moyens », les gens de bonne foi, les vrais gens, qui disent que cela suffit. Puisqu’il faut négocier, autant le faire vite.

G C : Est-ce que le risque finalement ce n’est pas de justement couper la France en deux, de créer un climat social qui risque d’avoir des répercussions sur plusieurs semaines ou plusieurs mois avec les pro et les antigrèves ?
A S : Non, je crois que ce n’est pas du tout le cas de figure de 1995. Les Français ont beaucoup évolué, la campagne présidentielle pendant laquelle Nicolas Sarkozy a mis tous ces thèmes sur la table en disant qu’il pose la question car il appliquera après, ça a nettoyé le débat idéologique et je crois que c’est une bonne chose.

G C : Des maires UMP en Île de France ont décidé de mettre en place un certain nombre de systèmes pour pouvoir accueillir notamment les enfants dans les écoles ou dans les crèches, vous êtes maire d’Issy les Moulineaux, vous faites quoi ?
A S : Depuis quinze ans, à chaque fois qu’un mouvement de grève est annoncé, je consulte sereinement les directeurs des établissements, c’est valable aussi pour les crèches, et on me dit si on accueille les enfants ou non. S’il n’y a pas possibilité d’accueil par les enseignants, je mets en place des animateurs qui ne font pas d’enseignement mais qui assure la garde des enfants, ainsi que la restauration scolaire.

G C : Des animateurs que vous recrutez au coup par coup pendant la journée ?
A S : Absolument, en fonction des besoins.

G C : Pour cette grève des fonctionnaires que l’on annonce très suivie, vous vous attendez justement à un mouvement important ou pas ?
A S : Vous savez, une grève moyenne dans la fonction publique, c’est environ 30% de participation. Cette fois, parce que c’est une grève dont les organisations veulent qu’elle soit typiquement fonctionnaires, tout le monde a été appelé au mouvement.

G C : Elle n’est pas reconductible ?
A S : Elle n’est pas reconductible et elle est effectivement fondée sur des raisons salariales, on ne sent pas de machination politique. Elle sera sans doute largement suivie, mais cela n’empêchera pas le Gouvernement de poursuivre les négociations qui sont commencées parce que ce que veulent les fonctionnaires, c’est que l’on avance dans la solution à leurs problèmes, c’est qu’on leur propose une fonction publique moderne, innovante, adaptée et c’est ce que nous avons commencé de faire depuis le 1er octobre.

G C : Pour la grève des régimes spéciaux de retraite, on dit que Nicolas Sarkozy est aux commandes, d’ailleurs on constate que François Fillon et Xavier Bertrand sont plusieurs fois par jour à l’Élysée. Et vous, vous y étiez hier, vous y serez aujourd’hui ?
A S : On verra…

G C : Mais est-ce que vous avez l’impression que Nicolas Sarkozy veut prendre le contrôle ?
A S : Il n’a pas besoin de prendre le contrôle ou la main, il l’a et c’est tout. Il a été élu et ce qu’il dirige est légitime. Il suit tout de très près.

G C : Nicolas Sarkozy disait justement pendant la campagne que les fonctionnaires étaient mal payés, que proposez vous pour mieux les payer aujourd’hui parce que visiblement depuis six mois ça a pas l’air trop coller puisqu’ils manifestent demain ?
A S : Comme vous dites, ça n’a pas trop collé. Dans le budget, cependant, il y a deux milliards « neufs » de crédits supplémentaires pour la rémunération des fonctionnaires de l’État. Alors quand vous rajoutez les fonctionnaires territoriaux, les fonctionnaires de la fonction hospitalière, ça n’est quand même pas rien.

G C : Ça fait combien par personne ?
A S : Je ne sais pas, vous savez très bien que ça dépend de la catégorie, de la négociation.

G C : Parce qu’en générale les négociations salariales c’est des négociations communes pour tout le monde…
A S : C’est-ce qu’on ne souhaite plus. Les syndicats s’y cramponnent avec énergie, nous considérons nous que ça ne représente plus aujourd’hui que 25 à 30% de l’augmentation, et 70% n’en discutent pas. C’est-ce qu’on appelle le glissement vieillesse technicité, c’est la prime locale. 70% ça mérite qu’on en discute.

G C : Vous ne souhaitez plus cette hausse généralisée, d’où cette manifestation demain…
A S : Oui, cette hausse qui ne correspond pas, mais ce n’est pas la seule raison que nous avons de dialoguer avec les fonctionnaires.

G C : Justement à propos des fonctionnaires, Nicolas Sarkozy, pendant la compagne, promettait de ne pas remplacer un départ sur deux à la retraite. Finalement c’est un sur trois, on n’a pas osé aller aussi loin que prévu ?
A S : C’est un sur deux sur le quinquennat ; on a accepté le un pour trois, en particulier pour l’éducation nationale.

G C : Donc pour la première année, le cadeau d’arrivée c’est qu’on ne fait pas un sur deux mais un sur trois ?
A S : Mais nous voulons tenir cet engagement, d’autant que quand on aura été au terme du quinquennat avec la base de un pour deux, on sera revenu à l’effectif des fonctionnaires de 1992 avec François Mitterrand. On n’était pas, à ma connaissance, sous-administrés à cette époque. Quand on nous dit dans l’éducation nationale, vous avez supprimé des milliers de postes, alors qu’il s’agit d’un pourcent. Un organisme qui n’est pas capable de supporter une suppression d’un pourcent c’est quand même vraiment délicat.

G C : Donc un départ sur trois non remplacé c’est provisoire ?
A S : Voila, c’est une mesure de transition.

G C : Est-ce que vous allez faire appel à de la sous traitance pour justement remplacer ces personnes que l’on ne remplace pas ?
A S : Non, il n’en est pas question. Ça dépend des secteurs, pour la restauration scolaire par exemple, il y a souvent aujourd’hui externalisation, ce n’est pas de la sous traitance, les communes sont responsables directement. Dans l’enseignement privé, effectivement c’est souvent une méthode employée.

G C : A propos des rémunérations, vous disiez tout à l’heure que vous vouliez passer à plus de rémunérations au mérite…
A S : C’est ce qui est prévu.

G C : Pourquoi les syndicats n’en veulent pas ?
A S : Mais les syndicats ne crachent pas dessus, simplement ils considèrent que c’est normal.

G C : Est-ce que vous serez candidat aux municipales de 2008 ?
A S : Je n’ai pas encore pris de décision.

G C : Et si vous êtes candidat Est-ce que vous ferez l’ouverture ?
A S : Absolument.

G C : Est-ce que vous avez pour ambition d’accroître la mobilité, parce que rester toute sa vie dans la même entreprise, ce n’est pas enrichissant ?
A S : Effectivement nous l’avons ressenti, les sondages sont d’ailleurs formels, les fonctionnaires ont envie de bouger. Ils souhaitent bouger dans leur propre secteur ; nous souhaitons qu’au sein de chaque fonction publique il y ait plus de mobilité par l’information, l’incitation.

G C : Est-ce que les fonctionnaires sont des privilégiés aujourd’hui ?
A S : Non, ils ne le sont pas, leur rémunération est dans la moyenne basse.

G C : Mais est-ce que la rémunération ne compense pas l’emploi à vie ?
A S : C’est ce qu’on disait avant. Comme il y a une régression du chômage, l’emploi à vie n’est plus un argument. Aujourd’hui, 60% des jeunes dans les sondages disent qu’ils veulent être fonctionnaires.

La rédaction-Bourdin & Co