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Salaires des patrons : Ayrault devrait avoir ses propres idées

Véronique Jacquier

Véronique Jacquier - -

Les Suisses ont voté à une large majorité pour limiter les rémunérations abusives des grands patrons. Jean-Marc Ayrault salue « une excellente expérience démocratique » et pense qu'il faut s'en inspirer. Mais il ferait mieux d'avoir ses propres idées. Il faut arrêter de taper sur les patrons.

La déclaration du Premier ministre est purement démagogique, mais c'est dans l'air du temps de s'attaquer aux gros salaires, nous sommes en crise. Il y a dans tous les pays développés un accroissement des inégalités. Et même en Suisse, on s'en soucie. Ce qui a fait bondir nos paisibles voisins helvétiques, c'est l'indemnité de départ du patron d'un géant pharmaceutique : 58 millions d'euros. Evidemment, c'est indécent. En France nous serions tout aussi indignés. Mais la façon dont le problème est abordé en Suisse et en France est totalement diffèrente. En Suisse, l'initiative venue d'un chef d'entreprise ne bloque pas les hauts salaires. Elle dit simplement que le salaire du PDG doit être approuvé en assemblée générale. Donc si une majorité d'actionnaires est satisfaite des résultats de l'entreprise, elle va accepter le salaire de son PDG. Il n'y a pas de révolution à attendre. Quand on écoute Jean-Marc Ayrault, la guillotine n'est pas loin pour les patrons français. Son positionnement est totalement idéologique.

Il y a des excès inacceptables. Un gouvernement socialiste peut vouloir gérer ses excès...

La justice sociale, c'est le credo de ce gouvernement. Dès l'été dernier, un décret est passé pour plafonner les rémunérations des patrons d'entreprises publiques. Pour ce qui est du privé, le gouvernement planche sur un texte de loi. Mais il suffit de regarder ce qui se passe à l'étranger pour comprendre qu'on ne fait pas une bonne loi avec de bons sentiments. En Grande-Bretagne, comme dans la quinzaine de pays où on limite déjà les rémunérations abusives, les salaires des grands patrons n'ont pas baissé, et à peine 10% ont été rappelés à l'ordre. Les cas les plus emblématiques évidemment.

Vous pensez donc qu'il faut laisser tous les patrons tranquilles ?

En France, il y a déjà des gardes-fous. Les parachutes dorés, les retraites chapeaux, sont déjà réglementés. Vouloir maintenant limiter des rémunérations, ce n'est pas une bonne arme de dissuasion. En trente ans, en France, la taille des entreprises a été multipliée par six. La rémunération des patrons a été multipliée par six. Est-ce choquant ? Le risque que prend Jean-Marc Ayrault en voulant s'inspirer de la Suisse, c'est d'accélérer la fuite de nos talents. J'ai une idée pour le Premier ministre : s'il souhaite vraiment une loi pour limiter les rémunérations abusives, pour être équitable, il faudrait qu'elle touche aussi les footballeurs et les acteurs aux salaires indécents. Ça, ça aurait de la gueule en temps de crise de la part d'un gouvernement socialiste ! Comme l'a dit Jean-Marc Ayrault en parlant de la Suisse ce serait « une excellente expérience démocratique ».

Retrouvez le Parti Pris de Véronique Jacquier du 5 mars 2013.

Véronique Jacquier