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Retour gagnant de la France dans la structure de l'Otan

Le retour de la France dans les structures militaires de l'Otan lui a permis d'y "décupler" sa capacité d'influence, juge le général français Stéphane Abrial, qui pilote la réforme de l'Alliance atlantique. /Photo d'archives/REUTERS

Le retour de la France dans les structures militaires de l'Otan lui a permis d'y "décupler" sa capacité d'influence, juge le général français Stéphane Abrial, qui pilote la réforme de l'Alliance atlantique. /Photo d'archives/REUTERS - -

par Yves Clarisse PARIS - Le retour de la France dans les structures militaires de l'Otan lui a permis d'y "décupler" sa capacité d'influence, a...

par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - Le retour de la France dans les structures militaires de l'Otan lui a permis d'y "décupler" sa capacité d'influence, a estimé jeudi le général français Stéphane Abrial, qui pilote la réforme de l'Alliance atlantique.

L'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air française a pris le 10 septembre 2009 le "Commandement suprême allié transformation" (Sact) de Norfolk (Etats-Unis), poste stratégique qui était occupé par un général américain depuis la création de l'organisation de défense collective en 1949.

Cette révolution est due à la décision prise par Nicolas Sarkozy de rompre avec la politique du général de Gaulle, qui avait retiré la France de la structure intégrée en 1966, pour peser au sein de l'Otan et développer la défense européenne.

Pour Stéphane Abrial, le pari est gagnant après neuf mois.

"Etre à l'intérieur d'une organisation permet d'être beaucoup plus utile, efficace et influent qu'être à l'extérieur", a-t-il déclaré lors d'une intervention devant le Centre d'accueil de la presse étrangère à Paris.

"J'ai connu les deux", a-t-il expliqué en précisant qu'avant son retour dans la structure militaire de l'Otan, la France ne pouvait que réagir à des projets déjà ficelés sans elle et auxquels elle était parfois vivement opposée.

"DU BON CÔTÉ DU STYLO"

Pendant plus de 40 ans, la France a en effet eu une image d'enfant terrible de l'Alliance atlantique et n'a eu de cesse de vouloir bâtir une défense européenne concurrente de l'Otan dont ne voulaient ni les Britanniques, ni les Allemands.

Pendant l'intervention de l'Otan contre la Serbie en 1999 pour arrêter le nettoyage ethnique au Kosovo, la France s'est également battue souvent en vain contre les cibles choisies.

"Aujourd'hui la situation est totalement différente, nous contribuons à l'élaboration des projets", a dit Stéphane Abrial. "Nous sommes donc du bon côté du stylo, je dirais, et de ce fait (...) notre influence est décuplée".

"Je peux témoigner que déjà maintenant, au bout de neuf mois, la stratégie d'influence fonctionne et le fait d'être à l'intérieur de la structure nous permet de partager nos idées dès le stade d'élaboration. C'est un pas énorme", a-t-il ajouté.

Le pari de Nicolas Sarkozy de développer une défense européenne non plus concurrente mais complémentaire de l'Otan, 21 pays de l'UE faisant aussi partie de l'Alliance atlantique, serait lui aussi en bonne voie d'être gagné, les Etats-Unis ne voyant plus cette idée comme une menace pour l'Alliance.

"J'ai vraiment le sentiment que l'idée qui était à la base de cette décision se matérialise, à savoir que l'on peut montrer que l'on peut être membre des deux institutions de manière pleine et entière, que les deux se complètent et que les progrès de l'une profitent aux deux", a-t-il déclaré.

"JE FAIS AVEC L'EXISTANT"

Désormais, les quelque 600 officiers et sous-officiers français membres de la structure intégrée - dont 94 au Sact dans quelques mois - apportent selon lui "leur expérience, leur vision des choses" sans perdre leur "liberté d'expression".

A Norfolk, Stéphane Abrial a ainsi participé à l'élaboration du nouveau "concept stratégique" de l'Otan censé lui permettre de répondre aux nouveaux défis et que les alliés doivent adopter lors de leur sommet de Lisbonne en novembre prochain.

Cette liberté d'expression semble également s'appliquer à l'épineux sujet des dépenses militaires des pays de l'Otan.

Alors que le secrétaire général de l'organisation, Anders Fogh Rasmussen, ne cesse de demander aux 28 pays membres d'arrêter de réduire leurs budgets militaires sous peine de miner l'efficacité et la cohésion de l'Alliance, Stéphane Abrial se montre pragmatique en raison de la crise économique.

"Je fais avec l'existant", a dit le général français à propos de la transformation de l'Otan, rappelant que chaque pays est souverain sur le niveau de ses dépenses. "Tout ceci se fait à budget soit constant, soit diminuant."

Il estime que la mise en réseau des capacités nationales, la formation en commun ou encore l'identification des lacunes pour éviter la duplication peuvent permettre d'économiser des moyens alors que le ministère français de la Défense a confirmé jeudi étudier des scénarios pour réduire ses dépenses.

"Il faut capitaliser sur ce qui existe, surtout en période de crise", a conclu le général français.

Edité par Gilles Trequesser