BFMTV

Des tensions et divergences entre Macron et Philippe sur fond de crise sanitaire

Emmanuel Macron et Edouard Philippe

Emmanuel Macron et Edouard Philippe - AFP

Bien que l'Elysée et Matignon nient toute mésentente, les relations entre le président de la République et le Premier ministre ne semblent pas au beau fixe.

C'est une petite musique fredonnée avec insistance ces dernières semaines: la crise sanitaire provoquée par le coronavirus a-t-elle eu raison de la relation entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe?

28 avril dernier, premier épisode. Plusieurs médias dont L'Express rapportent que Macron en personne aurait appelé des journalistes afin de signifier son désaccord avec son Premier ministre sur la date du vote du plan de déconfinement à l'Assemblée nationale, qui se tenait le même jour. Il n'en fallait pas plus pour que le bruit de bisbilles au sommet de l'Etat et d'un remaniement post-crise ne se mette à courir.

"L'ensemble de l'exécutif est pleinement aligné dans cette crise. Je n'aurai aucune complaisance à l'égard de ceux qui par des bruits et des rumeurs tentent de diviser le gouvernement et singulièrement le Premier ministre et le président de la République", a démenti ce jour-là le chef de l'Etat en conseil des ministres.

Prise de parole "plombée" par Macron

Qu'à cela ne tienne, le président semble avoir pourtant remis une pièce dans la machine ces derniers jours. Tout a (re)commencé lundi, alors que Philippe était attendu au Sénat pour présenter le plan du déconfinement du gouvernement aux élus de la Chambre haute. Le discours prononcé, Emmanuel Macron a alors pris la parole juste après depuis l'Elysée, en direct. Ce qui a "plombé" la séquence de Matignon, selon un parlementaire cité par Le Parisien.

Désaveu sémantique

Le lendemain, mardi, c'était un tacle frontal qui ne disait pas son nom que Macron envoyait au chef du gouvernement. Au terme d'une visite dans une école à Poissy (Yvelines), le président a accordé une courte interview télévisée peu après 13 heures. Interrogé sur le risque d'un écroulement économique, selon le vocable employé par Edouard Philippe devant les parlementaires en présentant son plan de déconfinement, Macron a répondu ne pas employer "ces grands mots" mais qu'il mesurait "le choc massif économique". Désaveu sémantique.

"C'est assez gênant", a glissé un influent député de la majorité à BFMTV, interrogé sur l'animosité de plus en plus palpable entre les deux têtes de l'exécutif. "On sait que c'est tendu mais là…"

Toutefois, un remaniement n'effraierait pas outre mesure Edouard Philippe, selon son entourage. "Partir après une réforme que vous avez menée à bien, même difficile, ce n'est pas la même chose que de servir de fusible à la fin d'une crise sanitaire que vos concitoyens prétendent mal gérée. Votre avenir politique n'est pas le même, les tensions viennent de là", estime un élu proche du premier ministre auprès de BFMTV.

Course à la popularité

Mardi toujours, est paru en fin de journée un sondage qui pourrait bien ajouter de l'huile sur le feu: selon cette enquête Ifop-Fiducial réalisée pour Paris Match et Sud Radio, la cote de popularité d'Emmanuel Macron a plongé de six points pour s'établir à 40%, alors que celle d'Edouard Philippe a progressé de trois points et atteint les 46%. A l'Elysée et à Matignon, selon les éléments de langage habituels communiqués à BFMTV, il n'y aurait pour autant pas "l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette" entre les deux têtes de l'exécutif.

Camille Langlade et Perrine Vasque avec Clarisse Martin